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Sujet: damaged goods - sin moreno Jeu 9 Fév - 11:04
And I'm going down, all the way down I'm on the highway to hell... Un bref séjour au Mexique pour me rappeler à quel point je suis ravi de me retrouver loin de ce que j'étais avant, de ce à quoi j'aspirais et ce que je serais inexorablement devenu si je n'avais jamais eu affaire avec Tony. Oh, je ne dis pas que c'est plus glorieux que de se salir les mains avec les gangs, ni même pour le trafic, mais c'est tout de même vachement plus excitant comme vie quand même. Je ne supporte pas la vue de ces personnes usées par la vie, non pas seulement par leur façon de la mener, mais à qui le temps a retiré tous les avantages: il n'y a plus qu'une putain de pente descente, un point fixe qui devient la seule échappatoire possible: la Mort. On ne la confronte pas, non, au contraire, on lui ouvre les bras bien grand, la suppliant à genou de se faire libérer d'un corps malade et incapable de se mouvoir de lui même. On bouffe à l'aide d'une paille, on fait dans nos frocs parce qu'on a même plus les jambes assez fortes pour se rendre jusqu'aux chiottes, on a plus ce qu'il faut pour rester éveiller physiquement et mentalement pour s'envoyer en l'air... bref, l'enfer. L'argent n'y change rien, au final, qu'on soit millionnaires ou paumés comme les blés, on crève tous comme des chiens à la fin, surtout quand c'est le temps qui se marre de nos gueules. Non, je préfère me faire sauter la cervelle à la veille de mon cinquante cinquième anniversaire que de terminer comme ça, et idéalement de façon héroïque, mais ça c'est le gosse en moi qui ressort. Il est encore là, sous le costard cravate à 900 balles, la barbe de plusieurs jours et les cernes sous les yeux. On est bien loin du jeune premier que j'étais il y a cinq ans à peine, putain.
« Ludo, tu veux bien foutre ces connards à la porte? » que je lance, me frictionnant les tempes vigoureusement. Ça ne fait pas trois jours que je suis revenu que c'est le foutoir, chaque partie a constamment l'impression d'être flouer par l'autre, c'est accaparant de contenter ces bordels de cons qui se cherche des embrouilles à force de venir faire chier dans les parages. Je n'ai pas la patience pour perdre mon temps ni aujourd'hui, ni demain. Là, maintenant, tout de suite, tout particulièrement. Je blase de gérer les crises de diva de l'un, puis avec la maladie de mon paternel, chaque seconde me parait désormais trop précieuses pour les perdre inutilement. J'ai envie de faire le con, ou tout simplement rentrer, m'assoir devant la cheminée, un verre de whisky entre les doigts, et de fermer les yeux. Je ne sais pas ce que je veux, en fait, mais il n'est pas question que je me coltine les problèmes de seconde zone d'un client infime qui commence à m'agacer royalement. On s'agite tandis que Ludo les chasse sans trop de façon, comme il va de soi dans un cas pareil « Arrêtez de geindre comme des chiennes, non mais la fierté, vous en faites quoi? ». Je passe la main dans mes cheveux, tire mon portable de la poche intérieure de mon veston et m'affale dans le fauteuil. Pour peu, je tirerais le premier tiroir pour me prendre de l'herbe et recouvrir d'un voile les soucis et les emmerdes. Je ne le fais pas, allez savoir pourquoi. Je reste simplement là, les yeux dans le vide, à penser pendant un bon moment après que le silence reprenne ses droits dans cette immense et somptueuse pièce où j'ai si souvent pris des décisions, fait des ententes, permis des alliances ou les consolider quand l'équilibre était menacé. Le boulot, que le boulot. Ça, et une partie de jambe en l'air chaud-bouillant avec Sin Moreno avant qu'elle se fasse la malle comme ça, sans rien dire, sans prévenir ni même me lancer une insulte à l'occasion pour se conforter dans sa position...
« Ça a été le Mexique? » que me demande Tony, la clope coincée entre les doigts, alors qu'on est assis sur le toit de l'immeuble, les pieds dans le vide, comme on le fait souvent quand on a deux minutes à s'accorder mutuellement. Je grimace, effaçant d'emblée cette esquisse d'émotions sur mes traits avant qu'il ne puisse identifier le tout. Il semblerait que les années se sont décidées à faire des ravages sur le corps de mon père, et ce, sans prévenir, sans même qu'il n'y ait une raison particulière. Des pleurs, des cris, des gémissements et des supplications... des pleurs encore, ma mère à genou, m'implorant de rester, de revenir sur ma décision et de redevenir le fils qu'elle a connu et qui lui manque... une voix brisée, mais définitivement bornée, de mon père qui ne veut pas que j'entre dans sa chambre, me refusant son chevet tant que je ne m'excuse pas... moi qui me retrouve à chercher les emmerdes dans une taverne du coin, tout particulièrement plein, en résultant de me faire éclater le nez, la lèvre, et péter une ou deux côtes... « Comme d'habitude, je compte plus les shots de téquila et les pipes ». Il éclate de rire, laissant tomber pour le moment - j'en suis intimement persuadé - l'idée de me faire parler. Je n'aurais pas cette tête-là si je me serais gorgé de sexe et d'alcool fort. Je n'aurais pas des bandes de tissu autour de mon torse pour tenter de retenir les côtes et leur permettre de guérir. Tony est crédule, même défoncé, mais pas complètement dupe. Surtout pas concernant mes états d'âme, puisque j'en ai peu, c'est assez difficile de louper les quelques-unes qui passent outre le masque d'impassivité qui me colle aux traits « Tu en veux? ». Il me tend un joint savamment roulé, tout particulièrement débordant de cette herbe qualité extra qu'il se garde pour lui avant même de commencer à desservir la populace qui font affaire avec le cartel. Je souris, en prend une longue bouffée, ferme les yeux et agite les jambes « Pas mal ce truc, c'est quoi? ». Et finalement, on s'est défoncé la gueule, eu un de ces trips bouffe les plus intenses de toute mon existence, jouer aux cons, vanter nos prouesses sexuelles avant de s'endormir, une bouteille de rhum à la main, sous les rengaines de Bob Marley...
Qu'est-ce que je fous ici B-O-R-D-E-L. J'ignore quand et comment je suis arrivé ici, d'où me vient cet élan de folie de prendre le volant d'une de mes caisses pour rouler jusqu'ici, du AC/DC dans le plafond, à dix heures du soir. Quitter une fête qui battait son plein, où l'alcool coulait à flot, la drogue à gauche à droite, et des filles qui n'attendent qu'à ouvrir les jambes pour se faire baiser tout en étant parfaitement à jeun et faisant preuve d'une étonnante, voire effarante retenue qui m'a fait conserver ma queue dans mes boxers et ma langue derrière mes lèvres, sagement. Partir de cette antre de la déchéance pour me retrouver à la porte de l'appartement de Sin Moreno, je suis à deux doigts d'avoir envie de mourir de rire à quel point c'était pitoyable. Non, en fait, je suis plus que pitoyable, cette conne risque de s'étaler sur le plancher en se noyant de rire autant. Ce n'est pas moi qui cherche les demoiselles, je n'en ai nullement besoin, et Moreno ne fait pas exception à la règle... et pourtant. Pourtant, je suis là, en t-shirt blanc et jeans, laissant les complets à ces journées infernales qui ont parfois 12 à 14 heures de discussions et de négociations derrière moi. Je lève la main, pensant toquer à la porte, puis me renfrogne. L'envie de me faire rire à la gueule me pue au nez, mais il me semble qu'à chercher à m'assommer d'insultes, Moreno est sans doute l'une des seules femmes ayant affaire de près ou de loin au réseau qui ne rampe devant personne et qui se montre tellement intransigeante et bornée qu'on ne peut faire autrement que d'être épaté par sa détermination. En clair, on se sent vivant quand on gueule, s'emmerde ou qu'on baise avec elle. J'ai envie de me sentir vivant, et sa façon de me détester et de ne pas supporter tout ce que j'incarne me donne cette sensation-là. Je crèverais plutôt que de lui admettre, mais c'est avec cette meuf que j'ai eu l'impression d'être considéré, avec Sin que j'ai pris mon pied à des endroits sordides et inusités et que j'lui dois clairement ma peau pour une ou deux occasions. Encore là, motus et bouche cousu. Je relève donc le poing que la porte s'ouvre à la volée « Qu'est-ce que tu fous là, Gonzales? ». J'ouvre la bouche, la referme. Passe les doigts dans mes cheveux, puis trouve finalement le moyen de faire sortir un son d'entre mes lèvres « Constater que tu étais pas crever en vieille fille depuis la dernière fois qu'on s'est vus ». Je souris, ne relève pas le fait qu'elle a l'air d'une morte-vivante « Ça a l'air tout à fait charmant chez toi, tu me fais entrer? ». Et je n'attends pas sa réponse négative pour passer le pas de la porte.
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Ven 10 Fév - 10:12
La douleur. J’avais toujours dû apprendre à vivre avec, que ce soit celle plus facile à dissimuler qui m’avait été causée par la perte prématurée de mes parents ou bien l’assassinat de mon petit ami ou bien celle bien plus tangible des séances de sport à rallonge que j’imposais à mon corps pour me décharger d’un trop plein de tout. Ca avait constamment fait partie de ma vie, je savais ne pas me mettre à pleurnicher comme une gonzesse quand je recevais une balle, parce que ce n’était pas la première fois et que j’arrivais à dissocier la douleur physique du mental, assez pour parvenir à maintenir l’illusion que tout allait bien. J’avais toujours eu la fâcheuse tendance à tout intérioriser pour ne donner du souci à personne et surtout pas à mes frères qui avaient d’autres chats à fouetter et parce que je pensais pouvoir me débrouiller seule. A force d’évoluer dans un monde d’hommes, j’avais fini par être imprégnée par leurs mauvaises habitudes dont le constant besoin d’avoir l’air forte et ce même si j’étais littéralement à l’agonie, les apparences étaient importantes si on ne voulait pas perdre sa place. Mais cette douleur qui me mettait KO en un temps record, était d’un tout autre genre et j’avais beau tenter de la combattre, elle me terrassait à chaque fois. Tant et si bien que j’avais dû tout dire à Gabriel et Cruz, j’aurais sans doute gardé ce petit détail pour moi s’ils n’avaient pas eu à me ramasser un nombre incalculable de fois ou bien s’ils ne m’avaient pas découverte totalement endormir sur la cuvette des toilettes après avoir passé la nuit à gémir et à pleurer tant mon corps me faisait mal à en crever. De toute façon, ils auraient fini par le savoir, le médecin qui me suivait n’avait de cesse de laisser des messages sur notre répondeur et il ne fallait pas être Sherlock Holmes pour savoir ce qu’il m’arrivait, ce qui causait ma perte de poids fulgurante, mon peu d’appétit et le fait que j’avais totalement perdu mon mordant et mon constant désir de tout contredire juste pour le plaisir de le faire. J’avais parfois si peu de force que je devais demander à Rosario de m’aider à faire la route jusqu’aux toilettes. Malgré ma volonté de continuer, je fus contrainte d’arrêter de bosser pour une période indéterminée, ce qui m’avait rendue davantage malade encore, il n’y avait rien que je détestais plus que de rester chez moi à perdre mon temps. Je me remis malgré moi au dessin, à la lecture même, me sentant l’âme d’une vieille femme de 70 ans. Quoi ? Non, je n’évite pas le moins du monde de parler de la manière dont mes frères ont pris la nouvelle … Quoi que. Je pouvais reconstituer leurs visages si je fermais les yeux, cette peine qui passa dans leur regard avant que cela ne se transforme en véritable peur. On affrontait la mort tous les jours et elle pouvait nous tomber dessus par hasard mais on avait choisi cette vie et on ne s’en plaignait pas mais la maladie était une autre paire de manche, on ne pouvait la combattre avec un gros calibre ou bien en tentant de la soudoyer, on la subissait et on n’avait qu’à prier pour espérer y survivre sans terminer en légume. Si Gabriel ne put résister à son envie de me serrer dans ses bras en me promettant qu’il ne me laisserait pas crever et en ajoutant qu’il me l’interdisait, mon frère Cruz, dont le caractère était très proche du mien, se contenta de s’éclipser. Je le connaissais assez pour savoir qu’il ne voulait pas craquer devant moi et qu’il prenait volontairement de la distance pour se blinder quand l’inévitable arriverait. Même s’il ne l’admettrait jamais, me voir comme déjà morte lui permettait d’accepter plus facilement ce que j’avais et de le vivre moins pleinement et avec moins d’empathie. Il n’avait idée de ce qui nous attendait.
L’un ou l’autre se débrouillait pour se libérer à chacune de mes séance de chimiothérapie, Gabriel refusait catégoriquement de me laisser entre les mains de sa femme et ce même si elle était désormais de la famille et s’avérait être une personne de confiance, il préférait que ce soit quelqu’un que je connaissais assez pour ne pas pouvoir mentir. Rosario ne me connaissait pas encore assez pour voir quand je la menais en bateau ou pas. Quand aucun de mes deux frères n’était capable de se libérer, Gabriel demandait à Emilio de s’en charger. Malgré moi, il avait été mis au courant de ma situation et égal à lui-même, il n’avait jamais réellement abordé le sujet de front, préférant passer son temps à me faire rire ou à me mettre en colère plutôt que d’aborder ce qui me faisait si mal et que je n’étais pas capable d’aborder sans trémolos dans la voix et une envie folle d’éclater en sanglots comme une gamine. Quand c’était lui qui s’occuper de mon « transport », il ne me ramenait jamais directement chez moi après malgré mon épuisement, il faisait en sorte de passer nous prendre de quoi nous requinquer et même si je ne touchais à rien, sentir l’odeur de la nourriture me remontait un peu le moral. Et quand j’avais encore assez d’énergie, il passait récupérer son fils avant que nous échouions chez moi pour une séance dvd. Jandro passait son temps à me caresser la main quand il ne venait pas se coller à moi pour me faire d’énormes câlins et je finissais par m’endormir, me sentant bien jusqu’à ce que mes crises commencent, de violentes réactions au traitement. Après mes séances, je passais deux ou trois nuits à ne pas dormir, bataillant avec la douleur, les nausées et autres effets secondaires. Je n’étais jamais dans un très bel état et pourtant, il y avait toujours quelqu’un près de moi pour me soutenir et souvent Emilio jouait les gardes malades, tenant sans doute à me prouver qu’il ne me laisserait pas tomber et c’était dur à vivre. J’avais perdu tout mon sex-appeal, j’étais dans une position de faiblesse et j’aurais préféré qu’il me fuie. Au lieu de ça il me tenait les cheveux lorsque je vidais le contenu de mon estomac, me ramenait dans mon lit quand je n’avais plus rien dans l’estomac et me veillait jusqu’à ce que je m’endorme, travaillant en même temps sur ses dossiers. Ma vie ne tournait plus qu’autour de ça ces derniers temps, l’hôpital, chez lui, chez moi et ça s’arrêtait là. J’étais persuadée que j’allais bientôt crever mais ça, je me gardais bien de le dire, je ne voulais blesser personne et surtout pas ceux qui se battaient plus fort que moi, j’avais sans doute déjà abandonné.
Gabriel était allé dîner en compagnie de Rosario pour souffler un peu et Cruz s’était empressé de trouver une occupation pour ne pas avoir à rester seul avec moi, j’avais bien remarqué qu’il m’évitait comme la peste mais je ne lui en voulais pas et le laissai partir alors que Gab lui avait ordonné de me tenir compagnie. J’aurais pu appeler mon chevalier servant mais je ne le fis pas, profitant de ce moment en tête à tête avec moi-même, je pris un bain, le tout accompagné d’un peu de musique avant de remettre mon attirail de combat, un pantalon de jogging de l’un de mes frères, un t-shirt informe et de brosser mes cheveux, contente de ne pas les perdre. J’évitai soigneusement mon reflet dans le miroir, je me trouvais affreuse et ne voulais pas me déprimer en voyant ma sale gueule. Je me mis un film et poursuivis la lecture de mon roman quand le chat se mit à miauler à la porte, comme chaque fois qu’il voulait sortir. Je trouvai la force de me mettre sur mes deux jambes et ouvrit la porte d’entrée pour le faire sortir, me retrouvant nez à nez avec celui que j’évitais avec soin depuis un moment et que j’aurais aimé ne pas voir sur le pas de ma porte. Il n’avait pas de mes nouvelles pour une raison bien précise et aurait dû s’en trouver une autre, pourquoi fallait-il qu’il fasse toujours chier ? Je lui demandai peu aimablement ce qu’il branlait là et au lieu de me répondre, il me donna un coup d’épaule et pénétra chez moi. Heureusement pour lui qu’il n’y avait pas mes frères, ils étaient sur les rotules en ce moment et ce genre d’affront aurait pu leur faire dépasser les limites. Moi, j’étais dans un bon jour, ce fut sans doute la raison pour laquelle je repoussai la porte et me postai face à lui pour déverser mon venin sur sa gueule de trou du cul.
« En vieille fille ? Me semblait pourtant avoir été claire, connard, je suis avec quelqu’un. » lui fis-je remarquer en insistant sur chaque mot
Je m’appuyai contre le mur à ma droite et espérai qu’il se tirerait rapidement, je n’avais pas la patience de le supporter, même si en venant jusqu’ici, il me prouvait qu’il n’avait pas trouvé de distraction à ma hauteur. J’esquissai un sourire. Les autres étaient si fades, je ne pouvais pas lui en vouloir, j’avais souvent rêvé de nos séances sportives torrides, même quand je me blottissais dans les bras de celui qui prenait soin de moi depuis un moment.
« Bon maintenant que t’as vu que je respirais encore, tu peux ramasser ta prétention et tes airs supérieurs et aller poser ton cul dans ta caisse ! Parce que ta simple présence ici fout un coup à ta réputation de Don Juan invétéré. Quel séducteur digne de ce nom s’entêterait à coller au cul d’une déesse comme moi ? Non parce qu’il y a de quoi, je te comprends mais je ne veux plus de toi et ça, ça doit être dur à digérer ! »
Oui je jouais avec ses nerfs et me foutais de sa gueule mais tout le monde était tellement mielleux avec moi ces derniers temps que j’avais besoin d’un peu de violence et de mauvaise humeur pour me sentir vivante.
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Dim 12 Fév - 19:51
Je ne crois pas que la partie la plus décevante, voire carrément déprimante de ma brève trempette sous le soleil cru du Mexique soit la maladie de mon père ni l'air conscrit et ravagé par les pleurs de ma mère. C'est peut-être carrément égocentrique, voire même assez déplacé, mais c'est quelque chose qui n'y était pas qui m'a le plus troublé. Oh, officiellement, j'ai mis terme à ce que l'on avait pour éviter des embrouilles, pour lui éviter de souffrir tôt ou tard et pour se protéger l'un l'autre sans vraiment de remords. Je n'y suis pas allé de main morte, je ne fais pas dans la dentelle, c'est reconnu. Sans tact, un faciès impassible, j'ai mis sur la paille deux années d'une délicieuse sensation de confort, de bien-être et - oui, oui - de bonheur. Du bonheur simple, limpide, sans fla fla. Que des baisers volés entre deux cours, des soirées endiablées que je passais à plus souvent la chercher des yeux qu'à vider mes verres, des belles paroles et des promesses que je n'aurais jamais cru faire en l'air. Et pourtant... « Tu vois encore Anja? » Je ne suis pas réellement certain d'avoir le droit de poser cette question à table, durant un souper de famille où tout le monde fait mine que tout va bien, encore une preuve accablante que j'ai vachement bien fait de foutre le camp avant de devenir des morts-vivants comme mes parents pour qui les apparences sont absolument tout ce qui importe et qu'il faut les protéger à tout prix, même si ça en vire à la mascarade « Bien sûr, c'est une de mes bonnes copines ». Ça n'a sans doute jamais été évident pour Sierra que de se retrouver coincé entre son cousin et une de ses plus proches amies. Oh, avant que je la plaque, c'était le rêve, elle était même l'instigatrice de ma rencontre avec Anja, mais depuis, c'est plutôt source de malaise. Je ne lui aurais sans doute jamais poser la question comme ça, sans préparer le terrain, si je n'étais pas à la veille de retourner à Charming sans avoir eu l'occasion de voir et de me rassurer qu'elle s'en sortait plutôt bien, même sans moi. Tout particulièrement sans moi, car pour être honnête, de mon côté, c'était pas tout à fait idyllique à ce niveau-là. Ce serait mentir que de dire que "bien s'en sortir" signifie de s'envoyer en l'air avec une femme qui nous déteste et quelques autres qui se contente de mon jeu d'acteur concernant l'archétype de mafiosi que je joue pour les besoins de la cause. Non, vraiment, y'a plus positif comme redressement post-rupture... ais-je mentionner que je suis particulièrement imbibé de ce vin que j'avale par énormes rasades?
« Tu es plutôt pitoyable Gonzales » qu'elle me sort en me rejoignant dans le boudoir où je viens d'allumer un énorme cigare qui reste là à atteindre de périmer parce que mon père ne peut plus y toucher. Pour toute réponse, je me contente de sourire tout en portant le cigare à mes lèvres. Venant d'elle, ça ne me déprime pas, au contraire, je trouve ça plutôt drôle. J'ai ce à quoi la plupart des gens aspirent: la gueule - je vais pas me gêner pour dire que je suis loin d'être horrible à regarder - le fric pour avoir tout ce qui me fait envie un tant soi peu et des filles sans vraiment avoir à faire d'effort. Pourtant, ce qui me manque, c'est ce que je me suis foncièrement et consciemment arraché. Juste retour des choses, je me sens vide depuis ce fatidique jour où j'ai saboté notre relation sans pousser ma réflexion aux conséquences. Le Bon Dieu s'assure qu'il y a une justice dans ce bas monde, faut croire « Ça se voit tant que ça? T'es la première à le mentionner ». On a beau être proche, Tony et moi, il ne se lancerait jamais sur un terrain aussi glissant sans précautions ni préliminaires, préférant sans doute faire tout ce qui est en son pouvoir plutôt que nous laisser s'épandre de nos sentiments de gonzesse. Non, je ne suis pas réellement fier de cette sensation dans mes trippes qui a disparu depuis presque trois ans, qui se rallume brièvement que lorsque je suis sur le point d'atteindre l'orgasme. Ça explique pourquoi je courre les femmes sans prendre la peine de m'en préoccuper réellement, la recherche d'un nouveau niveau d'adrénaline pour faire oublier que ce n'est pas de ça que je veux, que je ne sais pas exactement où je m'en vais ni le chemin à prendre pour se sentir mieux. C'est un vrai boulet d'avoir aimer quelqu'un, on m'y reprendra pas de sitôt « Je dois être des rares personnes qui se montre honnête envers toi, c'est plutôt ça ». Elle dépose sa main sur mon épaule, et inconsciemment, je la serre dans la mienne, penchant la tête vers l'arrière pour la regarder, lui signifiant du regard qu'elle a pas tord. Je la relâche, inspire de nouveau la fumée du cigare, la souffle par les narines en fermant les yeux « Si tu veux tout savoir, il y a longtemps que je n'ai pas eu de nouvelles. Elle ne traîne plus dans les parages, à ce qu'il parait ». J'étais en train de me dire qu'il y avait trois personnes à vue de nez qui se fichaient pas mal de savoir si ce qu'elles disaient me plaisait ou non que je me retrouve figé par les propos de Sierra. Anja se tirer sans donner de nouvelles? C'est pas que c'est pas son genre, mais laisser ses copines dans le néant, c'est plutôt incongru. Sa famille, ce sont ces personnes qui ont toujours été là pour elle afin de pallier qu'elle soit orpheline avec des gosses plus jeunes à materner, même à treize ans à peine sonnés. Sierra a bel et bien tenté de me dérider par la suite, je n'en démordais pas. La seule pensée dont j'étais encore capable, c'est qu'il ne fallait pas qu'il lui soit arrivé quelque chose. Il ne faut absolument pas qu'il lui soit arrivé quelque chose. Je pourrais pas supporter l'idée qu'elle soit quelque part crevée dans un fossé ou subir une quelconque torture, c'est une pratique relativement courante dans la basse ville et les coins qu'elle fréquentait. Je ne m'en remettrais jamais, jamais, jamais...
« En vieille fille ? Me semblait pourtant avoir été claire, connard, je suis avec quelqu’un. » Je n'ai pas porté attention la première fois qu'elle l'avait mis sur la table, pas plus qu'aujourd'hui, pour tout dire. Je ne viens pas rechercher sa tendresse, au contraire, c'est de sa rancoeur et de sa hargne que je carbure quand elle se trouve dans les parages. Entre ça et sa capacité de me faire prendre une passe VIP pour le septième ciel sans trop avoir à faire d'efforts, c'est carrément le truc le plus captivant qu'il m'est donné de m'adonner par-rapport à la gente féminine ces derniers temps. Je fréquente encore les boîtes, je continue de faire des fêtes démentes à la maison, je ne pense pas constamment à Anja comme une gonzesse, broyant du noir bien comme il faut une journée entière que j'ai consumé complètement ivre et défoncé à tout ce que je pouvais trouver, et faut me croire, au Mexique, quand on veut, putain y'a rien qui est trop difficile à trouver « C'est pour cette raison que tu te laisses aller? T'es veinarde, le look débraillé te donne un air indomptable qui est assez excitant en fait ». Je lui adresse un sourire, puis porte mon attention à ce qui se trouve autour. L'appartement est un foutoir monstrueux, comme si ça faisait perpét qu'elle avait pas mis le nez dehors. Plus insouciant que curieux, plus affable de ne pas donner l'impression que j'ai quelque chose à foutre de ce à quoi elle occupe ses journées, je ne relève pas. Le bruit qui vient de ce qui doit être le salon témoigne de son occupation plutôt pantouflarde, elle qui se prend pour Tomb Raider la plupart du temps « Bon maintenant que t’as vu que je respirais encore, tu peux ramasser ta prétention et tes airs supérieurs et aller poser ton cul dans ta caisse ! ». Je daigne poser de nouveau les yeux sur elle, passant la main dans mes cheveux, impassible. La meuf fait une crise de nerfs pour un rien, pour une fois que je suis plutôt courtois, elle tente de me virer pour mauvaise conduite. C'est marrant, pourtant, je la sens presque fébrile à l'idée de me confronter, à croire que ça lui a manqué de me crier dessus, à Moreno...
« B Parce que ta simple présence ici fout un coup à ta réputation de Don Juan invétéré. Quel séducteur digne de ce nom s’entêterait à coller au cul d’une déesse comme moi ? Non parce qu’il y a de quoi, je te comprends mais je ne veux plus de toi et ça, ça doit être dur à digérer ! ». J'éclate de rire, croisant les bras sur mon torse, la dévisageant franchement. Pour tout dire, elle serait à peine reconnaissable si je n'avais pas passer autant d'heures à agripper, mordre et embrasser certaines parties de son corps, avec une nette préférence pour le cou, la poitrine, la nuque et la chute des reins, non sans oublier les lèvres pleines qui ornent son visage. Il n'y a jamais eu de douceur, ni même de préoccupation à savoir si ce qui se passait arrangeait autant l'autre que l'on prenait personnellement notre pied. Non, on baisait en égoïste, comme des sauvages, comme des inconnus, fois après fois, chaque jour avec moins d'inhibition - déjà qu'on en a pas des tonnes - et d'empathie. J'en ressortais avec des lézardes sur tout le corps, des morsures sur le torse, et elle, les genoux brûlés par la friction, le cou parsemé de sucettes. Putain ce que c'était bien. Bordel, ce que c'était bon. J'en ai pratiquement le foutu frisson à y penser... mais à la regarder, c'est pas aujourd'hui que je vais trouver mon bonheur bref que je peux toucher que durant quelques putain de secondes que durent l'orgasme. Insaisissable et absolument frustrant, c'est le moins que l'on puisse dire. Reste qu'aujourd'hui, outre ses véhémentes paroles à mon propos, elle ne ressemblait pas exactement à l'Amazone qu'elle m'inspirait, un mélange de Jane Fonda et de la déesse Aphrodite avec la classe d'un marin. Ça avait son charme quand on était légèrement dérangé. Même passablement amaigrie, les cernes sous les yeux et le teint blafard, ça ne parvenait pas à éclipser le fait qu'elle endurait ce que la plupart des mecs ne peuvent pas blairer. Non, vraiment, ce qui se dégage de Moreno en permanence a cette curieuse et effarante capacité à m'intriguer « Ton copain te trouve pas bandante ou quoi? T'es frustrée à ce que je vois, ma pauvre ». Je souris, disant avec le regard que je saurais sans trop de mal corriger la situation, mais n'insistant pas devant les poignards qu'elle me lance avec les yeux. Avec l'entrain inusité d'un gosse de huit ans, je me retrouve à découvrir son appartement en passant la tête par les cadres de porte, pénétrant quelques pièces. madame sur les talons, pestiférant sur mes façons dans plusieurs langues à la fois. Je m'arrête soudainement qu'elle se fracasse contre mon dos, perdant pied pour que je me retrouve à la rattraper de justesse « Pas besoin de dentelle, si tu veux me toucher, fais-le. T'inquiète, je comprends, je ne me résisterais pas non plus ».
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Jeu 16 Fév - 10:44
Etre si proche d’une mort certaine m’amenait à repenser, plus que jamais, à Rafael et à la vie que nous avions menée alors que nous vivions encore au sein d’un des quartiers latinos les plus dangereux de Los Angeles. Je repensais à sa furieuse envie de s’engager malgré mes réticences et ma manière de traiter tout ça avec dérision. Il avait finalement eu une existence pleine de déceptions et d’attentes jamais comblées et j’étais la cause de tout ça. Il avait fermé les yeux avec un nombre incalculable de regrets qu’il aurait tous les droits de me reprocher lorsque j’irais le retrouver en Enfer mais je ne voulais aucunement l’imiter, me retrouver à hanter les vivants parce que je n’avais rien accompli de suffisant pour me permettre d’avoir l’âme en paix. Pourtant, il fallait voir les choses en face, ne pas avoir d’enfant était une véritable bénédiction, qu’aurais-je bien pu faire du gamin dans mon état ? Mais même en pleine santé, j’étais tout sauf une personne de confiance en ce qui concernait les morveux, j’étais du genre à leur dire et à leur apprendre tout ce qu’il ne fallait pas, à les pousser vers la mauvaise voie et j’étais persuadée que j’aurais fait une bien mauvaise mère, les enfants n’étaient pas faits pour enfanter à leur tour. Alors construire quoi ? Une famille ? Mes frères le faisaient bien mieux que moi qui s’avérais être révulsée par la simple idée de noces et d’union éternelle. J’avais toujours été une personne à part et il semblait que même aux portes de la mort, ce trait de caractère ne m’abandonnerait pas. De grandes choses, je n’en faisais que lorsque j’avais une arme entre les mains ou que j’avais reçu l’ordre de tuer, pour le reste, j’étais dans la norme, je n’avais pas grand-chose d’exceptionnel si on omettait de parler de mon sale caractère et de ma propension à choisir les emmerdes plutôt que la tranquillité. Je savais qu’en fermant les yeux, je ne laisserais aucune trace de moi sauf dans l’esprit de ma famille et de ceux qui m’avaient aimé durant mon court passage sur terre. Ce n’était pas grand-chose mais dans l’état actuel des choses, je ne pouvais rien faire de plus. Si j’avais écouté les conseils avisés de mon frère aîné, j’aurais sûrement pris la peine de faire des études, je serais devenue médecin, avocate ou même chercheur, laissant notre nom entrer dans l’histoire, au lieu de ça, j’avais choisi la prison, la voie dans l’ombre qui menait assurément vers la mort. Je ne m’en plaignais pas le moins du monde mais je ne réalisais que maintenant que choisir une autre option aurait sans doute été plus intelligent, m’aurait épargné une vieillesse prématurée et peut-être même que cette voie m’aurait éloignée de la maladie. Mais il était trop tard pour un retour en arrière, pour des remords et des regrets, je n’avais plus qu’à attendre mon heure en essayant de profiter un maximum de ce que la vie acceptait encore de m’offrir et autant dire que l’éventail était plutôt réduit.
***
Assise à la table de la cuisine, je nettoyais mes armes avec application et précision, c’était peut-être la troisième fois de la semaine mais cette activité me permettait de me détendre et de me remettre les idées en place. J’avais encore l’impression d’être la tueuse que je fus par le passé et cette illusion maintenue, je sentais mon cœur battre plus vite sous le coup de l’adrénaline et si j’en avais eu la force, j’aurais sans doute décroché mon téléphone pour demander s’il y avait une mission pour moi, ne serait-ce qu’infime, pour me remettre le pied à l’étrier et prendre un peu de bon temps. Certains aimaient coudre, broder ou jouer au foot, moi j’aimais traquer mes proies et les achever, une bonne chasse à l’homme, je ne connaissais rien de meilleur. Le chanteur de Judas Priest s’égosillait dans le micro, faisant vibrer mes enceintes alors que j’en étais à nettoyer mes couteaux tous plus aiguisés les uns que les autres, ce fut ce moment que choisit Emilio pour débarquer dans ma cuisine et s’installer face à moi, un sourire aux lèvres alors qu’il venait de déposer son chargement sur le sol immaculé de la cuisine. Par politesse, je baissai la musique et lui rendis son sourire. « Tu ne devrais pas bosser ? » « J’ai fini plus tôt et maman m’a forcé à passer pour te ramener de quoi reprendre le poids que tu as perdu. » m’avoua-t-il en se levant pour ranger tout ce qu’il avait ramené C’était toujours la même chose, sa mère me faisait une quantité pharamineuse de bouffe que je ne touchais jamais, trop malade pour avaler quoi que ce soit mai c’était sa manière de prendre soin de moi, quand elle ne passait pas pour m’apporter de nouveaux livres et parler quelques heures avec moi, me traitant comme si j’avais été sa propre fille. Elle était la seule avec qui je me laissais vraiment aller, pleurant à chaudes larmes comme je l’aurais fait avec ma propre mère si elle avait encore été de ce monde. « Tu sais qu’il paraît que Javier est parti au Mexique, j’ai cru comprendre que vous étiez plutôt proches alors j’ai pensé que ça pourrait t’intéresser. » On avait beau s’être perdus de vue pendant des années, je le connaissais par cœur et je savais pertinemment où il voulait en venir, lui et la subtilité, ça faisait deux. « Tourne pas autour du pot comme ça, tu vas te faire une hernie mentale, qu’est-ce que tu veux savoir ? » Il referma la porte du frigo et se tourna vers moi, affichant un air déterminé qui ressemblait davantage au gosse dont j’étais tombée amoureuse, il avait beau avoir l’air civilisé, il était aussi cinglé que moi, il le cachait mieux, tout simplement. « Y a toujours un truc entre vous, j’veux dire, tu le vois encore ?» Je reposai délicatement mon arme et le fixai avec un sourire amusé, ce qui le mit très en colère, il détestait quand je me payais sa tête mais pour le coup, c’était lus fort que moi.
« Pourquoi, t’es jaloux ? Qu’est-ce que tu crois, que pendant que tu baisais ta femme, moi, j’étais au couvent. Lui et moi, ça n’a toujours été que de la baise, rien de plus. » lui dis-je avec sincérité. « Ce n’est pas ce que je t’ai demandé Sin ! » « Et moi j’ai pas envie de te répondre ! Je n’appartiens à personne et tu le sais parfaitement, si tu voulais plus, il ne fallait pas te tirer et faire silence radio pendant tant d’années. » « Tu ne vas pas constamment remettre ça sur le tapis ?! Je me suis excusé, tous les jours je passe pour voir comment tu vas, je te donne de mon temps et toi, tu te paies ma tronche ! T’es qu’une salope ! » « Ne te sens pas obligé de venir voir la mourante que je suis, surtout si tu crois que c’est comme ça que je te pardonnerais ! Mieux que personne tu sais que je ne pardonne jamais alors prends tes affaires et tire-toi, histoire d’avoir bonne conscience ! »
Qu’il prenne l’excuse de ma maladie était quelque chose qui me mettait hors de moi mais pire que tout, ça me blessait, je savais qu’il voulait plus mais je n’avais rien à lui donner dans mon état, je risquais de mourir et je ne voulais pas le blesser plus qu’il n’était nécessaire. Mon état ne me permettait pas de me foutre dans une rage folle sans m’épuiser en très peu de temps, je restai donc d’un calme olympien tandis que je me levai pour ramasser mes affaires, prête à aller les ranger mais plutôt que de quitter la maison, il agrippa mon bras et me poussa contre la porte pour m’embrasser. Nous terminâmes sur la table de la cuisine, ruinant le travail de Rosario pour la rendre propre et bien rangée. Pourtant, rien n’était réglé, bien au contraire.
***
Dans l’absolu, je n’avais rien contre Javier, j’étais même plutôt contente qu’il soit là pour le pourrir, comme au bon vieux temps. Néanmoins, je savais ce qu’il arriverait si on avait le malheur d’aller répéter à Emilio qu’il était passé chez nous, que nous étions resté seul pendant que Gabriel et Rosario étaient allés dîner, j’allais en entendre parler pendant des semaines et il risquait de se mettre en danger bêtement. Je n’avais pas besoin d’un combat de coqs, j’avais juste besoin d’un peu d’adrénaline qu’un avocat, même ayant grandi dans le ghetto, ne pouvait tout simplement pas m’apporter. En ça, Javier et moi étions sur la même longueur d’onde, c’était bien la seule chose qui nous mettait d’accord, nous savions ce qui plaisait à l’autre et avions la même passion pour le crime et le danger. Mais maintenant que j’étais handicapée par cette merde qui me terrassait, je devais davantage réfléchir et non plus penser avec mes désirs, de manière à les assouvir. Si demain je me retrouvais sans pouvoir parler et me déplacer, qui serait à mes côtés pour prendre soin de moi ? C’était malheureux de raisonner de la sorte mais je n’étais plus au meilleur de ma forme et protéger mes arrières était beaucoup plus sage, pour tout le monde.
« Tout va bien de ce côté-là, merci monsieur le sexologue, je n’ai donc pas besoin de tes services au rabais. »
Au lieu de comprendre que je ne voulais pas de lui, il se mit à visiter notre immense maison, ouvrant la porte des chambres de mes frères, puis de la mienne avec autant d’intérêt que s’il matait un documentaire animalier à la télé. Je n’eus d’autre choix que de le suivre comme un chien avant qu’il ne s’arrête net sur le pas de ma chambre et que je ne lui fonce dedans, manquant de m’étaler sur le sol, heureusement, il eut le réflexe de me rattraper avant que je ne me pète un bras dans ma chute. Je levai les yeux au ciel à sa remarque et me défis de sa prise pour éteindre la lumière de ma chambre après avoir attrapé mon paquet de cigarettes et m’en allumer une.
« Faut vraiment que tu partes, t’as rien à faire ici et mes frères ne vont pas tarder. » dis-je simplement en le contournant et en me dirigeant lentement mais sûrement vers le salon et le canapé, mon nouveau refuge
Sur ma route, je dus, à de nombreuses reprises remonter mon pantalon beaucoup trop grand pour moi, tout en tirant sur ma première cigarette de la journée. Ce fut ce moment que choisit mon téléphone pour sonner : Emilio. Bien sûr, un malheur ne pouvait jamais arriver seul. Je décrochai malgré tout, pour qu’il évite de débarquer en pensant que j’avais claqué.
« Je vais bien. » répondis-je au lieu du traditionnel « allô » « Je n’en doutais pas, je voulais juste savoir si tu voulais venir avec Jandro et moi demain, on comptait aller voir un film. »
Je sentis l’une des mains de Javier se poser sur ce qui restait de ma hanche pour me coller à lui tandis que son autre main dérivait sur mon sein. Il n’était visiblement pas d’accord pour rendre les armes. Enfoiré ! Je dus émettre un drôle de bruit car mon interlocuteur me demanda si tout allait bien.
« Oui, juste une nausée. » dis-je en tentant de me débattre silencieusement pour que Javier me lâche « Alors, oui ou non. » « Non ! » affirma mon invité surprise ce qui me fit changer de couleur
J’étais dans une merde monumentale et j’essayai de rattraper le coup mais il avait déjà raccroché. Magnifique, c’était vraiment magnifique !
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Dim 19 Fév - 9:43
« Tu crois qu'elle a pu nous balancer comme ça pour qu'on passe pour des cons ». Je dirais en toute franchise que je ne sais pas ce qui pousse Tony à chercher aussi désespérément sa sœur, que même si ça pique légèrement ma curiosité, je ne lui ai jamais réellement demandé. Qu'importe au fond, tout ce qui m'intéresse, c'est de lui porter main forte dans une entreprise qui lui tient à coeur. De tout ce que l'on a vécu ensemble, je crois que c'est précisément cette quête qui lui bousille ses journées à force de se faire baiser par des fausses pistes. Décidément, la meuf est assez douée pour se fondre dans la masse, et pourtant, c'est pas dans les gênes de son aîné de chercher à ne pas se faire remarquer... donc les siens devraient, théoriquement, la pousser à sortir de son trou un bon jour, non? « En l'occurrence, c'est toi qui te fait trop d'attentes. Elle finira par réapparaître, aux dernières nouvelles, elle était bel et bien dans le coin... ». Il reste que cette putain de famille est capable de faire des miracles avec pas grand chose, alors je lui souhaite bien de la patience afin de persévérer pour atteindre son objectif. En attendant, je ne me sens pas plus mal dans les parages, ici, à Charming, que n'importe où ailleurs. L'ambiance n'est ni pire, ni meilleure. Le boulot n'est pas plus différent, l'alcool coûte plus cher, certes, mais le shit est meilleur marché. Les femmes sont plus faciles, et on a rarement besoin de sortir le moindre billet pour obtenir ce que l'on veut. La douce et mièvre existence sur laquelle je vogue sans but précis, ne serait-ce que défier les lois de la physique et de survivre le plus longtemps possible dans l'organisation.
Je ne veux pas faire de vieux os, c'est définitif, mais je veux laisser une trace de mon passage dans ce monde de merde. En clair, léguer mon nom d'une manière ou d'une autre, idéalement en ayant envie de partager mon patrimoine génétique avec une américaine pas trop conne ou une pulpeuse latino. Il faut simplement qu'elle réponde un minimum à des critiques qui, aux dires de Tony, décrivent exactement le genre de filles qui ne veulent absolument pas porter des gosses et finir la bague au doigt. Tant pis, en attendant, je fantasme à propos de cette idyllique créature qui aurait le potentiel d'enfanter une prochaine génération de Gonzales. Il faut un caractère fort, un cran incontestable, une intelligence vive, un air félin et indomptable, typiquement protectrice et fonceuse, qui saurait protéger ce gosse au péril de sa propre vie, et même de la mienne si besoin est. Une femme forte, un tempérament invivable, fonceuse, mais tout de même capable de réfléchir. Une tigresse. Idéalement typée, mais ce dernier point est le seul sur lequel je me permets de concéder quelque chose. Je n'ai pas envie d'être son grand amour, au contraire, c'est ce petit être qui doit être au centre de ses préoccupations. Je ne serai pas constamment à leur chevet, alors autant faire avec une femme indépendante et capable de s'en sortir toute seule si les emmerdes surviennent. C'est ça, le topo. Autant dire que je rêve en couleurs. C'est tout de même rassurant en un sens, comme il est impossible de côtoyer pareille femme dans un milieu comme le mien, ça m'évite de penser trop souvent à de pareilles conneries et me permet de réfléchir à comment finir ma journée sans me foutre dans un merdier pas possible. On est amis, Tony et moi, mais ça ne me protégerait pas d'une bourde concernant le cartel. C'est sans mentionner que des dizaines de membres de gang veulent ma peau, ne serait-ce que pour les entourloupes que j'ai pu faire en me frottant les mains et en les faisant passer pour des crétins de première. Alors ouais, avant de penser à demain, vaut mieux commencer par survivre à la présente journée...
« Tout va bien de ce côté-là, merci monsieur le sexologue, je n’ai donc pas besoin de tes services au rabais ». Je souris, n'émettant aucune remarque à ces propos. Sa réponse automatique me prouve plutôt qu'au contraire, elle est loin d'être bien baisée, ne serait-ce qu'à la voir crispée comme elle l'est. Que Moreno dise ce qu'elle veut, mais je ne crois pas qu'une majorité des mecs qu'elle a pu se faire l'ait vu s'étirer comme un chat, ronronnant tout juste, après s'être envoyée en l'air avec moi. Ça m'a surpris, la première fois, de la regarder, peu après la félicité, s'étirer longuement, les yeux fermés, les lèvres pincées, se mordre l'intérieur de la joue avant de reprendre conscience, d'émerger et de lancer une pique de son cru. De là s'était développé ce besoin lancinant de la refoutre dans un état pareil et de le garder à fleur de peau le plus longtemps possible, quitte à penser à elle pendant quelques temps plutôt qu'à mon propre plaisir personnel. J'ignore même si elle a conscience de ce drôle de sentiment qu'elle inspire quand elle est comme ça, à l'opposé de son tact et son air vache qui la caractérise habituellement. C'est complètement différent de ce plaisir malsain que je tire à la pousser à bout, c'est quelque chose que je ne parviendrais même pas à décrire si on me demandait de le faire. Si je ne m'étais pas fait violence à deux ou trois occasions, j'aurais presque pu me laisser aller complétement, à prendre le temps de parcourir son corps que je connais par-coeur de ces caresses affamées, assoiffées de luxure, par une douceur que j'ai eu, au cours de mes vingt six années de vie, pour une seule et unique personne. Ça aurait du me suffire à ce que je prenne mes distances, me contente de me sentir simplement moins lasse avec n'importe quelle pétasse en bande qu'on lève dans une boîte pour la foutre dehors à l'aube, si encore elle valait les billets pour une chambre d'hôtel. Je me suis envoyé qu'une seule fois en l'air dans mon chez moi, ici, à Charming. Avec elle. Avec Sin Moreno. Et me voilà à débarquer dans son appartement de merde, qu'elle partage avec ses connards d'enflure de frère. Je suis foncièrement con de nature, faut croire.
« Faut vraiment que tu partes, t’as rien à faire ici et mes frères ne vont pas tarder ». C'est reconnu, je ne suis pas en très bon terme avec l'intégralité du clan Moreno. Ça ne me dérange pas non plus, je ne suis pas de ceux qui aime traiter les gens en égaux, règle général. Ces cons ne valent pas mieux que les sous-fifres que j'exécute si on ne me flatte pas dans le sens du poil. Ils sont simplement plus taches, voilà tout. Puis ce n'est pas comme si le fait que leur sœur soit aussi chaudasse n'était pas aphrodisiaque en soi que de prendre la peine de venir lui faire de ces choses en plein sur leur territoire qu'ils croient acquis à la sueur de leur front et au sang qu'ils ont perdus pour la cause « Ça se saurait si la vermine qui te sert de fratrie m'importait le moindrement ». Je n'ai pas de raison de faire le type mielleux par-rapport à eux, notre haine réciproque fait des vagues, dans le coin. C'est même à savoir qui claquera le premier entre eux et moi. Les paris sont pratiquement ouverts, et même si Sin a surement parié ses économies sur ses frères, je ne suis pas près de baisser les bras sur ce coup. D'ailleurs, je suis le "coup" en question des yeux tandis qu'elle se dirige vers le salon, non sans prendre la tête de mater sans la moindre once de discrétion. Ses traits se sont affinés, sa taille s'est délestée de quelques centimètres, ses hanches sont d'autant plus saillantes, mais elle reste désirable. Très désirable. Trop désirable pour la laisser filer comme ça...
Elle décroche le téléphone, trop nerveusement pour ne pas me faire rigoler intérieurement. Quel mauvais calcul que de prendre l'appel alors que je me laisse tomber sur le canapé dans lequel elle est installée. Ma paume prend appui sur sa taille, relevant du bout des doigts le tissu de son haut, réchauffant de cette chaleur irradiant ma main contre la fraîcheur de la peau de Sin. Impatiente, trépidante, mon autre main se dépose sur sa cuisse, remontant lentement mais surement jusqu'à sa poitrine alors que je dépose mes lèvres dans son cou, ses cheveux indomptés me chatouillant le visage. La voix de l'autre côté du combiné se devine sans trop de mal, du moins quant au genre de la personne. Je ne reconnais pas là la voix des frères Moreno, mais ce n'est pas plus mal. Je faisais courir ma langue à la base de sa nuque que je ne retiens pas davantage le scoop de ma présence en énonçant un « Non ! » plus qu'audible pour l'interlocuteur. Le déclic est imminent, et l'expression sur le visage de Sin se décompose « De quoi il s'inquiète s'il te donne exactement ce que tu as besoin? » .
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Jeu 23 Fév - 7:11
Je n’avais jamais été une grande romantique et il suffisait d’observer mon comportement de tous les jours pour s’en apercevoir. Je n’avais jamais rêvé d’être une princesse et de rencontrer le prince charmant, pas plus que je ne construisis ma vie autour d’un homme, bien au contraire, je fis en sorte d’acquérir mon indépendance pour soulager mes frères mais surtout ma paranoïa maladive. J’avais trop vue de jeunes femmes mariées à 18 ans à peine, mère depuis près de trois ans et qui n’avait d’autre destin que d’enfanter jusqu’à ce qu’elles soient tout bonnement incapable de se reproduire. Je n’avais jamais voulu de cette vie où il n’y avait plus d’autre choix que d’obéir. Bien sûr, ma vie était particulière et quelque part, j’étais rentrée dans les ordres en m’affiliant à l’organisation puis maintenant au Mayans mais c’était tellement différent, je n’avais qu’à me battre pour mon intégrité et certainement pas pour avoir une malheureuse once de liberté. Je plaignais sincèrement les Old Ladies de la ville qui passaient leur temps à demander l’autorisation pour tout, à quémander de l’argent que le mari gérait aussi et qui devait attendre sagement, restant derrière, comme si elles n’étaient bonnes qu’à ça. Cette simple idée me révoltait. J’étais la preuve du contraire. J’étais le signe qu’il y avait de l’espoir pour une promotion sociale des femmes mais qu’il fallait que cela se passe dans le sang et la violence et pas autrement. Mais je devais être une force de la nature, j’avais sans doute plus de caractère que le commun des mortels parce qu’après avoir tenté d’en rallier certaines à ma cause, je m’étais vite aperçue qu’elles se satisfaisaient des miettes qu’on leur balançait, qu’elles étaient heureuses de servir de bonniche, tant qu’on les entretenait et qu’on ne les obligeait pas à travailler. Voilà donc où en était le combat féministe. Ca me débectait, il fallait bien le dire ! J’avais sans doute réussi à me faire une place mais certainement pas à faire évoluer les mentalités, tout ça n’était que de la poudre aux yeux, ils me permettaient de faire ce que bon me semblait pour que je ferme ma gueule et que je reste un phénomène isolé, ils ne tenaient pas à une révolte féminine, ça aurait mis leurs vieux principes sans dessus-dessous et ça, ils ne pouvaient le tolérer. J’avais fini par accepter cet état de fait et fini par défendre uniquement mes propres intérêts, ma propre cause. Je n’étais pas romantique, peu douce et féminine mais j’étais d’une loyauté et d’une fidélité sans borne, que ce soit dans mon travail ou en amour. Jamais il ne m’était arrivé de faire le moindre faux pas lorsque je m’étais engagée auprès de quelqu’un, quand je me donnais, c’était entièrement et sans ambages, même si je gardais ma réserve naturelle et que bien souvent, je me montrais discrète sur mes véritables sentiments. A mes yeux, il n’y avait rien de plus difficile que de dire à quelqu’un qu’on l’aimait, d’ailleurs, je ne me souvenais pas l’avoir dit à d’autres que mes frères et Rafael alors qu’il se vidait de son sang au creux de mes bras.
Que de regrets quand je me mettais à penser à lui ! Je n’avais jamais pu avoir la conscience tranquille le concernant, parce qu’il y avait trop de choses que je n’avais pas faite, trop de mots que je n’avais jamais dit et qu’il aurait eu besoin d’entendre pour se rassurer et savoir que j’étais bel et bien à lui, même si ce n’était que factice. En réalité, j’étais une merde pour les choses de couple, c’était la raison pour laquelle j’optai rapidement pour la solution de facilité, les choses qui n’engageaient à rien et faisaient prendre un plaisir fou et Javier était mon jouet favori. Pourtant, ma maladie remit bien vite, tout en question, mes besoins, mes envies et la manière dont je prévoyais de vivre mes derniers moments. J’étais condamnée, c’était une certitude, sans doute un peu stupide mais j’en étais persuadée, je ne ferais pas de vieux os et je voulais que ce qui me restait à vivre soit drôle et rassurant. Je pris donc l’option Emilio, gardant tout de même un maximum de distance mais c’était compliqué, j’avais tant besoin de m’attacher à quelque chose pour me donner de l’espoir et pourtant, toute cette idée d’engagement me mettait horriblement mal à l’aise. Si j’allais mieux un jour, je n’étais pas sûre d’être capable de soutenir une famille, de m’occuper de son fils comme s’il avait été le mien ou bien même de m’occuper de lui. Je n’étais pas de la trempe de Rosario, si je savais cuisiner et nettoyer, je ne le faisais pas par conviction ou bien je m’y collais quand il n’y avait pas d’autre alternative. Au fond, je profitais impunément de la bonté d’un homme que j’aimais mais à qui je ne pouvais donner ce qu’il attendait, pour des tas de raisons mais principalement parce que je manquais de confiance en moi et d’expérience. Mes relations avaient été limitées et catastrophiques, autant dire que ça ne donnait pas nécessairement envie de se relancer dans ce genre de conneries, je n’avais pas assez de force pour me prendre une autre claque, je savais que cela me serait fatal. Alors je me blindais comme je pouvais et tentais de ne me sentir concernée par rien, c’était tellement plus simple. Je n’avais jamais joué la carte de l’indifférence jusqu’à présent mais je savais ce qui m’attendait et c’était la raison pour laquelle je mettais des barrières entre lui et moi et accessoirement que j’en avais mise entre Javier et moi. Le rendez-vous était prévu pour dans quelques jours et je savais que je n’en ressortirai pas entière. Il avait été décidé que pour mon propre bien et ma sécurité, il valait mieux m’enlever un de mes seins, précaution mais aussi solution radicale qui, pensait-on, éradiquerait une partie du problème. Qu’aurais-je pu répondre d’autre que oui ? Un non m’aurait valu la mort assurée dans les semaines à venir et ce même si j’aurais conservé le peu de féminité que je possédais, jusqu’à la mort. Au lieu de ça, j’allais me transformer en une sorte d’alien, un monstre innommable et je savais que je ne serais pas foutue de l’assumer comme mes autres choix, tout simplement parce que tout ça m’avait été imposé et que je m’étais contentée de faire au mieux et non de faire comme je le sentais. Si j’avais eu la possibilité de choisir, j’aurais fait en sorte de ne jamais tomber malade.
Autrement dit, je n’avais pas besoin d’emmerdes supplémentaires et surtout pas à cause de ce connard de Javier. Il avait beau me faire passer de bons moments, il n’était pas assez important pour que je me sape le moral avec ses conneries. Emilio venait tout juste de raccrocher quand je le repoussai brusquement, de toute la force dont j’étais capable, autant dire que ce n’était pas franchement très probant. Les conneries avaient assez durées, j’aurais dû avoir la volonté et l’envie de le virer avant mais j’avais cru que, pour une fois, les choses se passeraient bien, j’avais, une fois de plus, complètement tort. Je me levai du canapé alors qu’il s’installait, la même expression sur son visage trop lisse pour inspirer confiance. Je passai une main sur mon visage en signe de désespoir.
« Tout ne tourne pas toujours autour de ça Javier. Qu’est-ce que tu sais à propos de ce dont j’ai besoin ou non ? Je vais probablement mourir, j’ai certainement besoin d’autre chose qu’une pauvre heure que tu pourrais m’accorder dans ton agenda chargé entre toutes les putes du club que tu te tapes et les petits culs blancs en ville. J’ai plus assez de temps pour le perdre avec toi. »
A bout de force, je finis par m’installer sur la table de salon, croisant les jambes et le fixant, sentant que quelque chose de terrible était sur le point de se produire et que ça risquait d’être terriblement dévastateur. J’avais justement besoin de ça, me dis-je avec ironie.
« Je vais te parler franchement, parce qu’on l’a toujours été l’un envers l’autre, on avait au moins ça pour nous. Bientôt, il ne me restera plus qu’un seul sein, je vais sûrement perdre mes cheveux et maigrir encore plus, je voulais t’épargner ça en arrêtant de te voir, je savais que tu avais bien assez à faire sans moi mais comme tu n’as pas compris ce que j’ai tenté de te dire, je l’exprime clairement maintenant. Je veux plus que tu viennes parce que je n’ai pas besoin de quelqu’un qui fout la merde avec mes frères et le peu d’amis que j’ai, je n’ai pas besoin de quelqu’un comme toi, qui se tire dès que ça commence à sentir le roussi. Tu es trop égoïste pour qu’on s’entende bien et je ne suis plus assez en forme pour faire fi de ça et me laisser aller aux choses qu’on avait l’habitude de faire. Rends-toi service et rentre chez toi ! »
J’eus tout juste le temps de prononcer ma dernière phrase que la porte s’ouvrit à la volée sur un Emilio furibond, son visage déformé par la colère et la frustration, le fait que je sois encore habillée ne changeait rien à ce qui l’agitait, il protégeait ce qu’il pensait lui appartenir et je ne lui en voulais pas pour ça, non, je lui jetais seulement la pierre pour être un homme et par conséquent complètement con. Je me levai rapidement, puisant dans mes réserves pour me déplacer rapidement et me mettre entre lui et le canapé, apposant chacune de mes mains sur l’un de ses bras.
« C’est donc comme ça que tu occupes toutes tes soirées ?! » persiffla-t-il avec mépris « Et même si c’était le cas, ça ne te donne pas le droit de rentrer chez moi comme ça ! Je veux que tu sortes d’ici Garcia ! »
Il fulminait et il faudrait bien plus que des mots pour lui faire entendre raison, je le savais mais je n’avais plus la force de lui en coller une. Je peinais de plus en plus à maintenir ma prise sur lui et à éviter qu’il ne bondisse sur Javier, debout, derrière moi, il l’insultait et le provoquait, espérant qu’il répondrait et m’éjecterais assez vite pour qu’ils se mettent sur la gueule, blaireaux ! Alors que nous étions sur le point de voir se déclencher la troisième guerre mondiale, Cruz débarqua, nonchalant, comme à son habitude et voyant que je me trouvais dans une sale passe, il fit la chose la plus sage de toute sa vie, il attrapa Emilio pour le faire sortir, bon gré, malgré. Quant à moi, j’étais à bout de force, je dus m’appuyer au canapé pour ne pas m’écrouler alors que je sentais mes jambes trembler et la tête me tourner. Je trouvai pourtant la force de dire :
« Tu devrais en profiter pour rentrer chez toi Gonzales ! »
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Dim 26 Fév - 18:44
Tout le monde naît con, par définition. Certains le restent par choix, d'autres parce qu'ils n'envisagent aucune autre option. Dans mon cas, je dirais que je fais avec ce que j'ai, que je mets en évidence mes forces et que je dissimule au possible mes faiblesses. Je crois qu'elles sont nombreuses, pourtant, mais personne n'y fait attention. On cherche à un point tel à abattre son adversaire que l'on oublie de focusser sur ce qu'il peut jouer comme carte avant de tenter de chercher son point faible. C'est comme ça qu'un homme devient grand, en sachant jouer de ses avantages et en compensant ce qu'il maîtrise moins. C'est comme ça que dans notre milieu, certains survivent et d'autres crèvent. Y'a le facteur chance, évidemment, celui de grade également, et celui relationnel. Dans mon cas, les trois jouent en ma faveur. Je n'ai jamais eu besoin de porte-bonheur pour bien m'en sortir, comme si une bonne étoile veillait sur moi, et au grain. De mes décisions et activités douteuses, je suis toujours sorti indemne, la preuve: je n'ai même pas de foutu dossier criminel après près de trois ans de trafic de drogues au sein d'un cartel puissant, reconnu de la population et de l'autorité. On m'a souvent remis ça sous le nez, comme quoi je devais prendre mon boulot à la légère et ne pas m'investir suffisamment pour les affaires. L'impertinent personnage qui a osé lever de pareilles accusations se trouve six pieds sous terre dans un pont en bordure de Mexico City, sans doute près d'une dizaine d'autres dépouilles, mais sans aucune sépulture ni reconnaissance. Je me donne coeur et âme dans ce job, je donnerais ma putain de tête pour épargner des emmerdes à Tony et au réseau, mais c'est pas parce que je suis suffisamment brillant pour ne pas me faire prendre sur le fait que je suis un collaborateur indigne. Qu'on se le dise, j'ai vachement horreur qu'on tente de salir mon nom. Je m'appelle Javier Gonzales, et j'ai un putain d'égo de la mort, et qu'on en soit conscient, je prostituerais femme et enfants pour le laver. Tant pis pour ceux que ça gêne, dans la vie, on se doit de se faire passer avant tout le reste. Enfin, dans mon cas, ça fonctionne plutôt bien je trouve...
« Tout ne tourne pas toujours autour de ça Javier. Qu’est-ce que tu sais à propos de ce dont j’ai besoin ou non ? Je vais probablement mourir, [...] J’ai plus assez de temps pour le perdre avec toi. ». Je vais être honnête: ce n'est pas parce que je me soucis de bien des gens que je suis reconnu. Ce n'était pas le cas hier, ce ne l'est pas plus aujourd'hui, ni ne le sera demain. En fait, les gens qui ont une quelconque importance à quelque part se comptent sur les doigts d'une main. Les cinq phalanges d'une main contiennent les seules bordel de personnes qui ont une aussi futile soit-elle influence sur mon existence. Ce n'est pas triste, faut pas croire que ça me rend misérable. En fait, ça rend plutôt service, ce sont les gens sensibles qui se font prendre par la Faucheuse en premier. Si on fait passer des personnes avant soit, on peut crever pour eux. Dans mon cas, il y en a si peu que j'ai jamais eu à consciemment me mettre en danger pour les sortir du pétrin. Reste que, dans le cas de Moreno, petit à petit, elle s'était frayée un chemin entre l'auriculaire et l'annulaire, je ne sais trop comment. Il est clair que le fait qu'elle m'ait tout bonnement empêcher de crever comme un chien à deux occasions comptait certainement à me faire sentir obliger de la considérer comme autre chose que par son cul, divin d'ailleurs. Outre cela, on peut dire que Sin n'avait pas quelque chose que la plupart des autres avait, et ça ajoutait à sa personne plutôt que de la diminuer: Moreno était réaliste, pas totalement désillusionnée. Une femme qui ne voit pas un homme comme un potentiel géniteur de gosse capable de lui payer ses manucures et pédicures hebdomadaires en plus des chirurgies, dans le milieu, c'est plutôt rarissime. C'est même quelque chose comme un joyau qu'il faudrait chérir si on en avait envie. Ce n'est pas mon cas. Je ressentais encore vachement trop les débris d'obus de la bombe Anja sous ma chair pour considérer de nouveau que la chasse à la femme avec qui on veut se réveiller, pas seulement baiser, comme ordre du jour. Il n'en reste pas moins que le sort de cette intrépide Mayan m'importait, et que je ne pouvais pas conserver les traits impassibles devant son annonce, sachant pertinemment qu'elle était pas de celles qui mentent pour de l'attention: Sin Moreno attirait l'attention sans le moindre effort, qu'on se le dise. Je ne tenais pas spécialement à ce que mes traits s'estompent à ce point et de blêmir légèrement, mais il faut croire qu'on peut pas tout contrôler... « Putain ». Manque d'argumentation. C'est pas comme si la Mort m'était pas familière comme contexte, mais quand ça touche un des cinq pans relationnels influant mon karma, ça devient plus près de toucher la corde sensible.
Elle me balance tout d'un trait. L'évidence même, si on est pas profondément nombriliste, ce que je suis, et plutôt fier habituellement. Là, je me sens comme un énorme connard, ce que je suis sans doute également, mais pas comme un sentiment de caïd. Au contraire. J'ai l'impression d'avoir foiré l'essentiel et d'avoir sans doute possible préférer faire fi de ces désormais apparents changements physiques qui ont eu lieu sur la silhouette jadis plus pulpeuse de Moreno. Non, j'ai pas envie de la prendre dans mes bras, de pleurer contre son épaule et de lui dire que la vie c'est de la merde. La mienne assure, dans la mesure du possible, et ses emmerdes lui appartiennent. Bon d'accord, elle a foncièrement pas décidé de subir un cancer, de vivre avec tout ce que ça engendre comme répercussion, mais c'est pas comme si je pouvais y changer quelque chose. Si j'étais brillant, je serais parti là, maintenant, tout de suite. De toute façon, on s'attend à ce que je le fasse, non? Je ne suis pas l'archétype de l'ami réconfortant, capable de bonne volonté et d'un geste gratuit envers autrui. Tout ce que je fais, c'est pour que ça me rapporte d'une façon ou d'une autre. Avec Sin, c'était plutôt facile, les plans cul étaient foncièrement géniaux, rien à redire. Plutôt se taper une fille avec qui on est conscient de prendre un pied satisfaisant que de perdre son temps à en lever une en boîte qui risque de laisser apathique. Je n'avais pas calculé dans le contexte que je prendrais goût à ses vannes et à sa présence hostile, mais vibrante de vie, à chaque fois que je m'engueulais pré, post, ou même durant qu'on s'envoyait en l'air. C'est rassurant d'avoir une certaine continuité à ce niveau-là, d'ailleurs, même si ça me valait des reproches de la part de Tony. Je ne sais pas pourquoi il ne la blaire pas, sans doute une intuition. Me foutre droit devant dans une pareille confrontation où le moindre geste risque de prendre de l'expansion en un rien de temps - les frères Moreno n'attendent que ça pour m'obliger à me nourrir à la paille jusqu'à la fin de mes jours - et d'emmerder Sin. Les frères, je les ai à l'oeil, bien sûr, mais pas davantage. Elle, j'ai pas foncièrement envie de lui causer du tord. Pas du tout, en fait. En étant honnête, j'aurais préféré que ce soit Cruz ou l'autre qui se coltine cette maladie à la con, plutôt que elle. C'est dire que je l'ai quelque part dans l'estime, non? « ... je n’ai pas besoin de quelqu’un comme toi, qui se tire dès que ça commence à sentir le roussi. Tu es trop égoïste pour qu’on s’entende bien et je ne suis plus assez en forme pour faire fi de ça et me laisser aller aux choses qu’on avait l’habitude de faire. Rends-toi service et rentre chez toi ! ». Elle a pas tord, en fait. Sur ce qu'elle sait du Javier qu'elle a pu côtoyer, je crois qu'elle cerne pertinemment le personnage. Dommage qu'elle ne sache pas dépasser les apparences, ne pas remarquer que si j'étais si peu soucieux, je ne serais sans doute jamais venu dans ce coin de Charming. Que je me serais marrer à l'annonce de son cancer plutôt que de lâcher un minable, pitoyable juron. Que je resterais pas de marbre lorsqu'un fou furieux débarque comme une tornade dans son appartement...
Je commençais à m'impatienter, et ça aurait sans doute déraper s'il n'avait pas été de l'intervention de Cruz. Je ne supportais pas que ce soit le corps frêle et malade de Sin qui fasse écran à ce connard qui m'envoyait chier en trois langues, et toutes les insultes qu'il pouvait connaître. Lui et son air coincé de mec bien comme il faut, mais qui savait pertinemment qui j'étais et ce qu'elle faisait. Un ancien paumé, probablement. Il n'est pas du milieu, sinon ça se verrait. Ça se sentirait. Il a vu des choses, ça, c'est évident. Mais il en est loin, maintenant. Loin de convenir à cette femme qui a trop vécu, trop traversé pour répondre à ce qu'elle s'attend. J'ignore si j'ai raison, ou bien je suis complètement à côté de la plaque. Elle me donne l'impression de la comprendre, sur plusieurs aspects. Celui-ci. De vivre un truc intense qui n'a aucune conséquence et aucune attente pour oublier que ce que l'on a est d'une candeur et douceur exemplaire, mais qui ne contente pas chaque portion de ce tout à combler pour être parfaitement heureux. Mon bonheur n'en tenait pas à cette problématique, sinon que de ne plus me retrouver être le centre de mon propre univers m'a fait basculé sur une pente descendante qui m'a finalement fait quitter ce qui perturbait à un point tel mon équilibre que j'en étais en train de me perdre entièrement...
« Tu devrais en profiter pour rentrer chez toi Gonzales ! ». Je mords l'intérieur de ma joue. Effectivement, je pourrais tirer ma révérence, et tout le monde en serait bien réjoui, ce connard de BCBG premier en lice. Reste que j'ai quelque chose à régler avant, ici, maintenant, avec elle. Moreno est pas dans une position susceptible de me donner l'occasion de me défendre, ou même simplement de glisser un mot. J'ignore si elle risque de me foutre un coup - si elle en a encore la force - ou crier à Cruz qu'il vienne me descendre et faire disparaître ma carcasse que j'en prends tout de même le risque: je m'approche de Sin, qui tient à un fil sur ses jambes amaigries, pour la soulever doucement du sol, passant mon bras sous ses genoux et dans le bas de son dos. Je reste immobile un dixième de secondes, puis comme les remontrances ne viennent pas, je la dirige vers sa chambre que j'ai pu situer lors de mon tour du proprio, enfin, tout comme. Comme elle commence à s'énerver quand je passe la porte de cette chambre en bordel total, comme si elle avait tout fait exploser dans un élan de rage, je la fais glisser en douceur pour qu'elle pose ses pieds nus sur les masses de trucs sur le sol. Elle s'assoit, me fixe. Attend. Putain, la pression se fait sentir. Je passe la main dans mes cheveux. Cherche mes mots. Les trouve, enfin. Les emboîte, les assemble, et les lâche. Finalement « Ce qui est marrant - parce que ouais, y'a quelque chose de marrant, Moreno - c'est que tu aurais rien dit que je ne me serais sans doute pas attarder à ça ». Je désigne du menton sa silhouette, je l'imagine frissonner, peut-être que je divague « Ça donne l'impression d'être vivant que de côtoyer ta hargne et ton sale caractère de merde, atteinte de cette merde-là ou pas, tu gardes ça pour toi. Chéris ce tempérament qui donne envie de te mettre une muselière pour te faire taire, Moreno, et y'aura pas un cancer à ton épreuve ». J'éclate de rire, passe de nouveau la main dans mes cheveux. Les ébouriffe plus que les replace, en fait « Je suis un mec égoïste, c'est un fait, mais l'autre type qui vient de débarquer n'est pas plus doté de grandeur d'âme que moi. Te considérer comme sa poupée de porcelaine sur laquelle il doit veiller? Moreno, tu vaux mieux que ça. Ton frère l'a compris. Ça me tue de l'admettre, mais il aura eu la classe un peu plus tôt. Lui dit pas que j'ai dis ça ». Je fous ma main dans ma poche, en tire un joint que je gardais pour festoyer la fête que je souhaitais initialement faire à Sin quand je retournerais voir Tony « Tiens, prends. Offert par la maison, un médicament de choix pour les nerfs et tout le reste. On pourra pas dire que j'ai pas voulu contribuer à ce que tu retrouves la force de me botter le cul - puis je suis pas contre totalement, donc grand bien t'en fasse, avec un sein ou deux ».
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Mar 28 Fév - 10:40
Emilio avait beau être un homme cultivé et intelligent, il n’était ni plus ni moins qu’un mâle qui se voulait alpha et tenter de garder les choses sous contrôle et moi en particulier. C’était ce qui le différenciait de Rafael qui m’avait toujours aimé avec ma folie et mon impulsivité, qui aimait me pousser à bout pour mieux me faire tourner en bourrique quand il parvenait enfin à me retirer mes fringues sans se manger un coup. Emilio, lui, avait pris la fuite trop tôt pour se souvenir qu’on ne change pas les gens, on les prend comme ils sont et on les aime de la même manière, parce que ce n’est pas aimer que de tenter de les façonner et de les faire ressembler à ce qu’on aimerait qu’ils soient. Depuis que nous avions décidé de nous voir plus souvent et d’une autre manière, depuis, surtout, que j’avais décidé de lui pardonner d’être parti et de s’être marié mais pas avec moi qui détestait ces cérémonies ridicules, j’avais senti que mon appartenance aux Mayans le gênait, non pas mes activités mais le fait que j’avais plus de pouvoir que lui, l’avocat du gang, le fait que je refusais de me soumettre à lui, que ce soit en suivant ses conseils ou en obéissant à ses ordres. Il m’avait quitté trop longtemps pour se souvenir que j’étais de ceux qu’on ne dompte pas, que ce soit par la force ou la douceur, rien ne marchait. Voilà pourquoi il était là ce soir, les yeux exorbités par la rage, mu par une furieuse envie de tout détruire alors que je pouvais sentir qu’il avait l’impression que je l’avais trahi. Mais en plus de n’avoir rien fait, je ne lui avais rien promis. Il me bassinait depuis un bout de temps maintenant pour savoir que je ne voulais m’engager dans rien alors que ma vie touchait presque à sa fin et que je ne parvenais pas à me projeter dans l’avenir. Sa possessivité et sa volonté de contrôle ne me facilitaient pas la tâche et même si je l’aimais, à ma façon et de manière discutable, je refusais catégoriquement qu’il me dicte ma conduite, qu’il influence mes décisions et mes choix et se mette à décider des personnes que j’avais ou non le droit de fréquenter. Je savais que comme la majorité de la gent masculine, mon indépendance l’effrayait et l’inquiétait, je savais que je n’avais rien de rassurant et que j’étais même le genre de femme à faire perdre ses moyens au mec le plus sûr de lui et pourtant, je n’avais pas l’intention de changer après autant de temps, je n’avais pas envie de devenir une autre pour faire plaisir. Je me plaisais comme j’étais et si ça signifiait que je devais passer le reste du peu de mon existence complètement seule, alors il en serait ainsi.
Je le sentis trembler sous mes doigts alors qu’il se montrait de plus en plus virulent et que je n’étais pas sûre de pouvoir le contenir encore plusieurs minutes. Je ne voulais pas de bagarre ici et surtout pas dans mon état, j’avais besoin de tout sauf de ça. C’était terrible à admettre mais j’étais heureuse que ce soit arrivé, j’avais désormais une véritable bonne raison de l’éviter et de ne plus me forcer à accepter ses invitations pour le remercier de me soutenir dans cette sale période. Il n’était plus l’adolescent attendrissant qu’il avait été, j’avais passé trop de temps à me voiler la face, à l’oublier, il était un homme avec son expérience et une vie brisée qui l’avait marquée au point de le transformer du tout au tout. L’Emilio que j’avais aimé et mis sur un piédestal n’avait, au fond, jamais existé. Bordel ce que Rafael me manquait, s’il s’était trouvé là, à cet instant, il se serait sûrement foutu de ma gueule, à moi et mes espoirs de pisseuse adolescente et ça m’aurait tellement fait du bien, il aurait désamorcé la bombe et m’aurait emmené picoler pour oublier. C’était un peu de lui que je retrouvais chez Javier, ce que nous entretenions n’était pas un hasard, on trouvait tous les deux notre compte mais on refusait catégoriquement d’en parler, par pudeur ou connerie mais ça importait peu. Même si j’avais tort de prendre parti pour lui ce soir, j’avais le sentiment que je devais le faire, ne serait-ce que pour mettre fin au désir de domination de Garcia. Ce fut ce qui le mit davantage en colère et sans l’aide providentielle de mon frère, je n’aurais pu m’en défaire. Cruz était tombé à pic et j’aurais tout le loisir de le remercier en venant l’emmerder pour dormir avec lui quand il serait parvenu à calmer la bête. Il n’y avait rien qui ne l’énervait plus, lui comme Gabriel, qu’un homme qui avait le toupet de mal me parler et me traiter, principalement depuis que j’étais dans un état pareil, faible et sans défense, une vraie femme au sens où la société l’entendait aujourd’hui et ça me rendait malade d’y penser.
Comme pour exprimer physiquement ce sentiment de mal être que je traîne depuis un moment, je me met à être secouée d’une quinte de toux alors que mes jambes n’en tremblent que davantage et que je prie pour que ça se calme ou que Gonzales se tire avant que je ne m’effondre comme une merde sur le sol du salon. C’était tellement dégradant ! Et il finit par faire LA chose inattendue par excellence, ce qui fait que je continue à entretenir une relation non suivie, ce qui fait que j’ai l’impression de retrouver Rafael alors qu’il est mort dans mes bras, il m’attrape et me hisse dans ses bras avec douceur pour m’emmener jusqu’à ma chambre jusqu’à ce que je trouve la force de protester pour qu’il me lâche. Le choc est plutôt dur à passer, je ne le croyais pas capable d’empathie, pas capable de penser à quelqu’un d’autre qu’à lui-même, ce qui explique que je le fixe avec autant d’intensité et une pointe de curiosité. Quelle mouche a bien pu le piquer ? Que s’est-il passé pour qu’il se transforme en un véritable être humain et accepte de me montrer cette part de lui que je n’avais fait qu’entrevoir par le passé ? Pour ne pas le couper dans son élan et perdre ce moment à jamais, après tout, Dieu seul savait quand cela pouvait se reproduire, je le laissai monologuer jusqu’à ce qu’il s’approche pour me tendre un joint dont je me saisis avant de le tirer par le bras pour le faire s’allonger, je m’installai à côté de lui sans que ça ne tourne au trop intime, je n’en avais pas la force, s’il était venu un jour avant, il aurait eu le droit à un festival pourtant. Je fouillai dans ma table de nuit pour en tirer un briquet et allumer mon cadeau que je finis par lui tendre avec un sourire.
« Je savais que tu adorais que je te casse les couilles, sinon tu n’aurais pas autant apprécié nos sempiternelles retrouvailles et tu as de la chance que je ne sois pas en état Gonzales, sinon je t’aurais fait ta fête et on aurait pu péter ce qu’il reste d’intact dans ma chambre. » dis-je avant de ricaner bêtement, sans doute les effets de son joint bien chargé « Je suis désolée pour Emilio, il a tendance à croire, comme beaucoup, que les choses sont comme il le veut et que tout lui appartient parce qu’il l’a décrété. J’ai cru que c’était de ça dont j’avais besoin mais j’ai dû me planter quelque part. »
Il me tendit de nouveau le joint dont je me saisis pour tirer dessus, finissant par poser ma tête sur son épaule, plus déchirée que jamais.
« Au fait, tous les Moreno ont la classe, tu n’as jamais voulu l’admettre tout simplement. D’ailleurs, t’as intérêt à te tenir prêt, une fois que je me serai débarrassée de cette putain de tumeur et que je serai réparée, tu risques de passer un sale quart d’heure. Essaie de ne pas te faire buter en attendant, maintenant que je ne suis plus là pour sauver tes miches. »
Je partis d’un grand éclat de rire avant de retrouver un peu mon sérieux :
« Tu n’es pas obligé de rester, t’as déjà fait ta BA de l’année en m’offrant ce joint roulé avec de la très bonne marie jeanne ! »
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Mer 29 Fév - 19:53
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Il n'y a pas à dire; je me retrouve dans une position tout à fait différente que celle que j'appréhendais en me présentant à sa porte. Bon, d'accord, l'horizontal, ça nous connait, mais pas dans des conditions comme celles-là. Vêtus, tout premièrement, puis avec cette drôle de complicité qui a dépassé les vannes et les insultes. C'est quelque chose qui est aussi agréable qu'une épine dans le pied. Non, ce n'est pas que je ne suis pas plutôt fier d'avoir démontrer à Moreno que je pouvais avoir la classe, même quand j'étais en train de la faire monter au septième ciel. Son expression transcendait mes attentes, à croire que je suis un véritable connard les trois quart du temps. Je ne sais pas trop si je dois prendre ça du bon ou du mauvais côté, mais ça ne me dérange pas trop. Je n'ai jamais été du genre gentil, attentionné et consciencieux, je ne vais quand même pas me voiler la face. Seulement, là, maintenant, tout de suite, ça faisait partie du minimum d'humanité que se doit d'avoir tout être qui respire. Je n'aurais pas pu vivre avec le fait que je l'aurais laissé se paumer dans le salon en attendant que son frère se soit coltiné d'être la babysitter de ce type qui venait de débarquer en trombe dans la maison. Avoir été plus prévoyant, je ne serais jamais venu ici en premier lieu, alors autant assumer sa connerie jusqu'au bout...
Aussi pathétique et insensible que cela peut paraître, je considère que je ne peux rien tirer de positif à ce rapprochement inusité et inattendu. Rien qui me permette de me sentir bien à tous les matins, et de mieux m'en tirer dans la vie. Ce n'est pas de développer une complicité avec Moreno qui sauvera la peau de mon père, qui paiera les factures et qui se montrera suffisamment brillant pour ne jamais laisser les types qui supportent pas ma gueule apprendre où je vis, quitte à donner des pots-de-vin à gauche, à droite. Se retrouver à se soucier du sort d'une autre personne que soi-même, ça entraîne toujours un lot d'emmerdes et, surtout, des tracas au possible. Je n'avais pas besoin de ça. Je n'ai pas besoin de ça. J'ai suffisamment à gérer avec l'impatience croissante de Tony quant à retrouver sa soeur, la pression que met son père pour qu'on trouve de nouvelles collaborations, quitte à voler du terrain d'autres cartels qui pullulent dans les environs de Charming, faisant leur truc et nous laissant faire notre truc tant qu'on ambitionne pas trop sur leur clientèle. J'en ai déjà la nausée que de penser aux appels quotidiens de ma mère pour me donner des nouvelles de l'état de santé de mon père, comme si cela m'intéressait d'entendre qu'il dépérit chaque jour un peu plus, qu'il entend bien crever pour m'obliger à revenir à la maison. Ce n'est qu'un sale tour de plus qu'il fait pour m'emmerder, c'est qu'on ne s'est jamais réellement supporter, tous les deux. On jouait des apparences pour ne pas blesser ma mère, mais nos caractères étaient et demeurent complètement incompatibles. Je ne me suis pas viré d'une vie de surdoué promis à un compte en banques à huit chiffres sans lever le petit doigt pour rien. Je ne le supportais plus. Je ne supportais pas ce qu'il cherchait à faire de moi. Je ne supporte pas non plus que sa putain de mort à la con m'oblige à prendre mes distances des affaires - et risquer qu'on me remplace et m'élimine au passage - pour gérer la transition de son entreprise. Je la connais de fond en comble, chaque employé, chaque attente. Ce n'était pas un champ d'intérêt, aux yeux de mon père, c'était plus impératif que les maths et le français. Je la connais par-cœur, et elle me file d'autant plus la nausée. C'est dans ces moments que j'ai envie de me foutre la tête entre les jambes et de crier. C'est aussi à cet instant que je croise quelque chose qui m'oblige à faire autrement. Là, maintenant, tout de suite, c'est Sin. Comment me plaindre de mon existence alors qu'elle traverse une phase de merde avec ce cancer à la con qui lui aspire courbes, moral et santé? Comment comparer mes problèmes avec l'épreuve qu'elle traverse, et m'en sortir la tête haute en affirmant que j'ai plus à perdre. Moi, c'est la tête. Elle? C'est la vie. Rien de moins.
Elle attrape le joint, et tandis que je veux faire marche-arrière, elle m'attire sur le lit. Moreno n'a pas eu besoin de force, j'ai juste été pris par surprise. Je viens tout juste de la déposer, à bout de souffle, épuisée par cette confrontation dans son salon. Épuisée par ses traitements, par l'effort qu'on demande à son corps de lutter avec le poison qu'on lui injecte pour contrer le cancer. Je suis pas inculte, je sais pertinemment ce qui l'anime et ce qu'elle traverse. Je n'ai rien vécu de semblable, elle est même la première que je côtoie qui fait face à ce lourd traitement médical. Reste que je suis pas con. Je sais. J'appréhende. J'admire qu'elle soit encore suffisamment tenace et qu'elle use de son tact pour relever la tête, émettre un sourire et prendre la parole. Sin Moreno est pas crevable, y'a pas moyen qu'une tumeur ait raison de son tempérament explosif et sa détermination à tout épreuve « ... tu as de la chance que je ne sois pas en état Gonzales sinon je t’aurais fait ta fête et on aurait pu péter ce qu’il reste d’intact dans ma chambre ». Sans plus attendre, elle allume son joint, se blottit légèrement contre mon corps brûlant. Elle est glacée. Moreno est habituellement aussi brûlante que la braise, aussi chaude que lorsqu'elle baise. Une décharge électrique me traverse l'échine, et je ferme les yeux. Souriant « Cruel de me tendre une perche qu'on ne peut pas prendre, quand même. On va faire avec l'image mentale que je m'en fais à l'instant ». Je ne m'y attarde pas trop, de risque de m'en retrouver incommensurablement frustré si je me figure ce que ce serait qu'on s'envoie en l'air. Je passe un bras sous ma tête, me redresse légèrement, la regarde du coin de l'oeil prendre une taffe, puis une autre. Elle n'aurait pas cracher sur mon shit, je ne conserve que le meilleur et le partage très peu souvent. Faut dire que c'est un cas de force majeur, puis en même temps, quelque part, ça me fait plaisir de l'imaginer défoncée, parce qu'elle aura plus mal. Du moins, temporairement. Putain. Putain de merde. C'est bel et bien le début de la fin.
« Je suis désolée pour Emilio, il a tendance à croire, comme beaucoup, que les choses sont comme il le veut et que tout lui appartient parce qu’il l’a décrété. J’ai cru que c’était de ça dont j’avais besoin mais j’ai dû me planter quelque part ». Heureusement qu'elle change de sujet. Je ne veux pas apprivoiser l'idée maintenant que je suis étendu, tout simplement, à lui remonter inconsciemment le moral. Hier, on m'aurait demandé ce que j'en avais à foutre de Moreno? J'aurais sans doute répondu "Pas grand chose". J'aurais peut-être ajouté que c'était une chaudasse au lit, mais qu'il y en a d'autres. Là, maintenant, je ne sais pas. Je donnerais peut-être une indication sur sa valeur comme bouclier ou garde du corps, en référence à ses sauvetages in extremis de ma petite personne. Je secoue la tête pour cesser de penser. Je passe la main dans mes cheveux pour l'empêcher de trembler. Putain, je suis dans un véritable dilemme mental à savoir quel comportement à adopter... celui socialement respectable ou celui du mec qui en a rien à battre « Je me figure pas que tu puisses désirer être le trophée de quelqu'un. Te faire posséder bien comme il faut, quand on sait y faire comme moi, ça, d'accord, mais pour le reste... ». Le joint me vient aux lèvres. J'en tire une bouffée, puis une seconde, emplissant mes poumons de la qualité extra de l'herbe qu'on fume. Putain ce que je peux aimer la marie-jeanne, y'a rien à faire, rien ne battra la sensation qu'elle donne. Pas même les merdes qu'on s'injecte ou qu'on prise. Pas moyen « Au fait, tous les Moreno ont la classe, tu n’as jamais voulu l’admettre tout simplement ». Je tire la langue, ne répondant pas. Elle ne m'aura pas à l'usure à ce sujet-là, je déteste tout autant Cruz et Gabriel, et si jamais elle a l'audace de filer l'info que je lui ai accordé ma bénédiction sur un truc, je la tue. Cancer ou pas, je lui fais la peau. Je la baise à la faire crever, voilà « D’ailleurs, t’as intérêt à te tenir prêt, une fois que je me serai débarrassée de cette putain de tumeur et que je serai réparée, tu risques de passer un sale quart d’heure ». Encore une fois. Putain, elle est cruelle, c'est du pur délire. Je détourne légèrement la tête pour la mater tirer la bouffée du joint. Mademoiselle risque d'être arrachée tout à l'heure, c'est pas de l'herbe qui s'offre à tous les coins de rue, ça « Essaie de ne pas te faire buter en attendant, maintenant que je ne suis plus là pour sauver tes miches ».
Sa tête sur son épaule. Mon bras entourant sa frêle silhouette, légèrement comprimé par le poids de son corps. La paume de ce même bras prend le soin de lui subtiliser le joint pour le pointer à mes lèvres, histoire de digérer la position. Digérer la sensation, l'assentiment, tout. Cette proximité étouffante, étrange, déplacée. Le sentiment de sécurité, de confort. Cette sensation que j'avais perdu sans Anja. Cette sensation que j'avais fui pour ne plus avoir à subir ses effets névrotiques sur ma pauvre cervelle. Sur l'effet dévastateur que cela pourrait avoir sur mon existence entière. Ouais, bon, je dramatise probablement, je fais une meuf de moi-même, mais putain, j'en fais des cauchemars la nuit. Je pense encore à elle chaque jour, chaque nuit, à chaque heure. Je ne peux pas recommencer à me soucier d'une femme, quelle qu'elle soit, malade ou pas, déesse du pieu ou non « Tu n’es pas obligé de rester, t’as déjà fait ta BA de l’année en m’offrant ce joint roulé avec de la très bonne marie jeanne ! ». C'est ma chance de prendre mes distances, de foutre le camp en bonne et due forme, et aller trouver une pute pour assouvir le désir qui court dans mes veines. La marie-jeanne me fait un coup de théâtre, me trahit pour une des premières fois de ma vie: je suis d'une paresse infinie. Mon corps se complait là où mon esprit déraille et en est réduit à un excès de paranoïa « Je confirme, ce shit est du tonnerre ». J'entrouvre les yeux qui se sont fermés tout seul, lasse, lâche, traître à ma volonté « Tu peux pas me chasser après avoir fait en sorte que je sois sexuellement frustré et aussi bien installé dans un pieu ». J'ai la bouche pâteuse, les mots sortent lentement, d'une voix rauque. La fatigue se diffuse dans mes muscles alors que je me tourne légèrement vers elle, sans me rendre compte que cela fait en sorte que son souffle soit dans mon cou, son visage au creux de ma nuque. Replace mes jambes, sent l'une des siennes s'y faufiler. Merde, je suis foutu. Complètement à la dérive. Si elle se met encore un peu plus à son aise, y'a pas moyen que je ne cède pas au sommeil. Elle vient de décider à ma place: le joint terminé, elle le balance un peu plus loin après l'avoir éteint, puis se fraye de nouveau une place à l'endroit qu'elle venait de quitter. Mes yeux se ferment tout seul. Ma respiration devient régulière, ponctuelle. Et quelques secondes après elle - enfin, je crois - je m'endors lamentablement sur le lit de Sin Moreno.
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Jeu 1 Mar - 11:51
Il parlait encore que j’étais déjà ailleurs, perdue dans un univers où la douleur n’existait pas, où la maladie n’était qu’un mot que l’on répétait en riant comme une gosse. S’il n’avait pas eu la bonne idée de partager sa came, pour une fois, j’aurais probablement passé la nuit à angoisser, attendant que la douleur me surprenne pour me terrasser, comme toutes les nuits suivants la chimiothérapie et comme chaque fois qu’un événement imprévu venait foutre en l’air mon équilibre et mon moral précaires. Emilio avait dépassé les bornes mais pire encore, je savais qu’il allait demander réparation, se venger d’une manière ou d’une autre, tenant peu ou pas compte du fait que j’étais au seuil de la mort et qu’un rien pouvait me pousser de l’autre côté. J’avais besoin d’être ménagée et pour la première fois de ma vie, j’acceptais cet état de fait et refusais d’aller au-delà de mes limites, j’avais trop joué avec et m’étais retrouvée hospitalisée durant quelques jours, ce qui m’avait suffi comme expérience pour ne pas vouloir y faire un retour fracassant. Mais mieux que moi-même et ma faculté à croire que j’étais invulnérable et immortelle érodée, il y avait mes frères et leur conscience aigüe de mon état, ils me voyaient dépérir et savaient que la moindre chose pouvait avoir de terribles répercussions. Si je savais que Gabriel était heureux de constater que j’avais choisi la voie de la sagesse en acceptant quelque chose de plus ou moins sérieux avec Garcia, il tentait de le canaliser et lui demandait parfois de me fiche un peu la paix. Le tempérament chaud d’Emilio était quelque chose que je ne pouvais gérer en étant en proie avec la maladie, quelque chose qui l’empêchait d’avoir conscience que ce n’était pas le bon moment et qu’il fallait me pardonner mes écarts le temps je trouve la force de les assumer pleinement, ce que je ne manquerais pas de faire si on me laissait l’occasion de vivre un peu plus longtemps. Cette soirée m’avait au moins montré une chose, Emilio était le problème et non pas la solution, j’adorais son fils et sa mère mais il était trop possessif et insupportable pour moi et mes besoins de liberté, trop protecteur pour une femme qui aimait prendre soin d’elle toute seule et qui avait un rang à tenir au sein d’un club qu’elle avait peiné à intégrer. Si chez moi, ses crises m’amusaient et me laissaient souvent indifférente, je ne voulais pas qu’il s’autorise à agir de la sorte face à mes frères d’arme, parce qu’alors, je n’aurais d’autre choix que de lui coller une raclée ou une balle entre les deux yeux, mon honneur était intrinsèquement lié à ma vie, si je le perdais, je ne donnais pas cher de ma pauvre peau. Je préférais sacrifier son ego de mâle à ma place, les choses étaient claires. De toute façon, comme mon frère n’avait de cesse de me répéter, sans doute pour me rassurer, il ne fallait pas seulement être courageux et téméraire pour s’enticher de moi et me supporter, il fallait surtout avoir une assez grosse paire de couilles pour accepter que je sois moi-même.
J’aurais pu méditer sur la question si j’avais été moins défoncée, au lieu de ça, je finis par me laisser bercer par le son de la voix de Javier et le rythme de sa respiration, m’imprégnant de sa chaleur qui faisait défaut à mon propre corps. Si j’avais moins été sous l’effet de la drogue, je me serais souvenue que mes frères ne pouvait pas voir en peinture mon compagnon de défonce et qu’il était probable qu’il se fasse virer en bonne et due forme si on le trouvait là. Mais ça m’était égal, j’étais bien, j’avais chaud et la douleur n’était qu’une notion lointaine d’un monde auquel je n’appartenais déjà plus. Du moins durant quelques heures avant que je ne me réveille en sursaut, en sueur et dans un piteux état. La nausée arrivait et je savais que je ne pouvais rien pour l’arrêter. Ma poitrine se soulevait à un rythme effréné alors que je priais pour que la douleur disparaisse pour de bon, je payais le contre coup de mes émotions de la soirée, j’aurais préféré que personne ne vienne troubler le déroulement de celle-ci et qu’on me fiche enfin la paix. Chacun de mes muscles semblait éveillé et me faisait atrocement souffrir mais rien n’était comparable à la migraine qui me vrillait le crâne et aurait pu me rendre dingue si je n’avais pas fini par m’en accommoder. En dépit de la douleur, je me levai brusquement de mon lit pour courir dans la salle de bain adjacente à ma chambre, prenant tout de même le temps d’allumer la lumière et de fermer la porte derrière moi avant de vider le contenu de mon estomac dans la cuvette. Le contact avec le carrelage glacé me fit frissonner mais je n’eus qu’à tendre le bras pour trouver une couverture que j’avais laissé là les fois précédentes, patientant, enroulée dedans pour me protéger du froid mais subissant la douleur comme une chose inévitable. Dans ces moments-là, je regrettais que ma mère ne soit pas à mes côtés, je regrettais de devoir les affronter seule, parce que j’avais toujours refusé de réveiller la maisonnée parce que j’étais incapable de garder un repas plus de quelques heures dans mon estomac. Souvent, mes frères m’avaient trouvé par hasard dans cette position et avait décrété qu’ils passeraient le reste de la nuit à mes côtés, le temps que je parvienne à m’endormir pour de bon.
L’intervention approchait à grand pas, j’espérais être débarrassée de tout ça une fois que la tumeur aurait été retirée ainsi que l’un de mes seins. Je n’avais pas peur de l’opération, seulement de la manière dont j’assumerais ce manque, de comment je compenserais une pareille perte. Cette idée me provoqua une autre nausée et cette fois, des larmes coulèrent de mes yeux quand je remplis à nouveau la cuvette. Je tirai la chasse pour la énième fois avant de me lever sur mes jambes chancelantes pour me nettoyer le visage, évitant soigneusement mon reflet dans le miroir. Lorsque j’émergeai de la salle de bain, je me cognai contre une silhouette qui se tenait là, les cheveux ébouriffés, se frottant les yeux à cause de la lumière de la salle d’eau. Je l’avais complètement oublié, moi qui m’étais imaginée qu’il se serait éveillé avant moi pour se tirer et éviter d’avoir à se remémorer qu’il avait dormi à côté de moi sans qu’il ne se passe quoi que ce soit. J’aurais pu en rire si je ne me sentais pas aussi mal. Pour apaiser la douleur de ses yeux, j’éteignis la lumière, peinant à me diriger dans le noir jusqu’à l’une de mes commodes dont j’ouvris le tiroir pour en sortir un joint déjà roulé que j’allumai, en attrapant deux autres pour me soulager durant cette nuit qui risquait d’être incroyablement longue.
« Je pensais que comme les effets de ta marie jeanne, tu aurais fini par disparaître. » chuchoté-je pour n’éveiller personne mais ne manquant pas d’être ironique
Je me laissai tomber sur mon lit, toujours enveloppée de ma couverture, tremblant comme une feuille.
« Mais puisque tu es là, j’espère que t’as des trucs sympa à me raconter parce que je ne suis pas prête de dormir et parce que ça me fout de mauvaise humeur, j’ai décidé que tu resterais avec moi. Histoire de payer un peu ta dette, après tout, tu me dois la vie. »
Je tirai sur mon joint, une longue taffe que je finis par recracher en toussotant alors qu’il se tenait toujours debout, hésitant entre la capitulation et la fuite et à vrai dire, je ne savais pas ce que je préférais. En attendant qu’il se décide, je me saisis de mon téléphone portable pour jeter un œil à mes derniers messages, tous étaient de la madame Garcia et je n’avais pas franchement envie d’écouter un plaidoyer sur pourquoi son fils était le meilleur parti pour moi.
« Toujours frustré ? Parce que ça a l’air de te rendre muet ! »
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Ven 2 Mar - 17:35
Je ne suis définitivement pas fait pour m'en faire pour les autres. Déjà, il s'agit d'un défi continuel de tenter de me garder moi-même en vie que de se soucier du sort des autres est une distraction qui risque de me coûter beaucoup plus cher que tout ce que peut contenir en billet mon compte en banque, celui offshore et même tout ce que je possède de matériel. Je me suis éloigné de ma famille pour tenter de ne plus me préoccuper de la façon dont ils vivaient leurs vies et dont ils croyaient pouvoir prévoir la mienne. Je l'ai fait sans un seul remord, sans un seul regret, et si c'était à refaire, je ferais de même encore et encore. C'est ma rencontre avec Tony qui m'a permis de provoquer net la coupure afin de foutre le camp de ce tourbillon de concessions que je faisais continuellement afin d'éviter les disputes et les altercations. C'est le fait que j'ai appuyé sur une gâchette de flic pour descendre un type qui le menaçait qui m'a permis de me trouver. Assez inusité et contradictoire quand on y pense, il a fallu qu'il y aille mort d'homme pour me secouer assez pour prendre ma propre vie en main.
C'est compréhensible que je n'ai pas pu concevoir qu'on me reprenne cette liberté si durement acquise lorsque je me suis mis à m'inquiéter à toutes les minutes de ce que Anja pouvait foutre. J'avais besoin d'être certain qu'elle était en sécurité, qu'elle faisait pas de conneries et de m'assurer de ne pas recevoir d'appel comme quoi elle avait été pris comme victime innocente dans une fusillade de Mexico City. J'étais cependant trop fier pour ne serait-ce que lui faire voir la moitié de cette préoccupation qui me rongeait de l'intérieur, alors je me faisais simplement violence pour m'en empêcher. À m'en rendre malade, je le sais, je me souviens de ce que je ressentais, comment je me sentais et la désagréable sensation de ne plus vivre que pour quelqu'un d'autre. Mes choix étaient les suivants, quand je l'ai quitté: c'était soit les fiançailles, ou la rupture. Le premier risquait de la mettre en danger, de me causer encore des ennuis parce que je pouvais passer des heures sans mater mon portable quand je profitais des charmes de ma petite-amie plutôt que de me préoccuper des trucs d'adulte. Le premier me condamnait à aimer à ce que ça en donne envie de crever à tout instant, tellement ça me rongeait de l'intérieur. Le second rompait les chaînes, me rendait ma liberté. Tuait quelque chose en moi, évidemment, mais me permettait de retrouver une conscience, une dignité et une existence propre. J'ai fait mon choix. Je l'assume chaque jour, ne le regrette pas. J'y pense, ce serait me mentir que de ne pas l'avouer, mais je ne regrette rien. Pas vraiment. Le seul remord que j'ai, c'est de ne pas en avoir. Je devrais, pourtant. Je l'aimais tellement. Je l'aime tellement cette femme que je tuerais et crèverais pour elle, encore aujourd'hui. Seulement, c'est différent. Elle vit loin de moi. Elle n'a plus de compte à me rendre, n'a plus besoin que je m'inquiète pour elle. C'est ce que je me répète sans cesse. C'est ce qui m'aide à tenir le coup, ça, et le shit, et Tony, et l'alcool puis le boulot, et finalement ma gymnastique au pieu avec Moreno. Gymnastique qui vient de se métamorphoser en un sommeil profond, lourd, où je me perds complètement tandis qu'elle vient de se pieuter contre moi...
Je me frotte de nouveau les yeux, complètement à côté de la plaque. Je me rappelle à peine avoir fermer les yeux, et alors encore moins avoir perdu la carte pendant près de trois heures, ou quatre, j'ai pas vraiment pris soin de mater soigneusement. C'est ce curieux sentiment de vide au creux de mon épaule qui a fini par me tirer de ma torpeur, comme si je prenais conscience que quelqu'un venait de passer quelques temps à l'occuper, à lui tenir compagnie. Putain, je me rappelle même pas la dernière fois que j'ai pu m'endormir avec quelqu'un. Oh, je compte pas les soirées entre mecs avec Tony où on est tellement défoncés qu'on finit par pioncer dans mon immense lit, je parle de ça; prendre le temps de se retrouver près de quelqu'un, de trouver une position adéquate qui provoque cette envie irrépressible de fermer les yeux tant le confort est soporifique. Encore pire, avoir conscience de ce qui se passe et de laisser aller, de lâcher prise et de profiter de l'instant présent. Inquiétante réflexion en ce qui me concerne que je me retrouve complètement paumé, en jeans t-shirt, les yeux illuminés par l'incandescence des lumières des WC des quartiers de Moreno. Reste qu'elle a la décence de les réduire à néant en m'apercevant, je devais avoir un air franc de paumé pour mériter une telle considération. Elle retourne à la chambre, et tandis que je la vois se diriger vers le lit, je prends le temps de m'enfiler un verre d'eau et de m'en asperger au visage, émergeant péniblement de ma torpeur. Je reste immobile pendant quelques secondes, la tête dans les mains, les coudes sur le comptoir, pour redresser le menton et de regarder mon reflet dans la glace. Je me trouve quelque chose de changer. Quelque chose que j'appréhende, et c'est pourtant en pleine connaissance de cause que je retourne dans la chambre, non pour chercher quelque chose, mais pour aller voir comment elle va. Putain de merde « Je pensais que comme les effets de ta marie jeanne, tu aurais fini par disparaître ». Une grimace se pointe, puis je reprends mon sérieux, croisant son regard tandis que je fais preuve d'une franchise totale « J'y ai pensé ». Je ne pousse pas ma réflexion plus loin, me contentant de me rendre compte à quel point il fait chaud dans cette pièce. Constatation faite, je retire mon t-shirt. Je retire mon jeans pour remarquer qu'elle se pelote dans une couverture épaisse en molleton. Mes yeux s'écarquillent en la dévisageant « Il doit faire cinquante degrés Moreno, t'es consciente? ».
« Mais puisque tu es là, j’espère que t’as des trucs sympa à me raconter parce que je ne suis pas prête de dormir et parce que ça me fout de mauvaise humeur, j’ai décidé que tu resterais avec moi. Histoire de payer un peu ta dette, après tout, tu me dois la vie ». Je souris, passe la main dans mes cheveux. Je flotte encore légèrement sur les derniers relents des quelques joints enfilés durant la soirée, avant mon arrivée chez les Moreno, et surtout avant de me taper un trip à la Belle au Bois Dormant. Je devrai noter le type d'herbes que les mecs m'ont fournis, c'est à consommer encore et encore, avec ou sans modération. Je hausse les épaules, cherchant quelque chose à dire tandis que Sin tire une bouffée dans son joint. Joint qui est apparu de nulle part, quand j'y pense « Qu'est-ce que tu veux savoir, Moreno? Pourquoi je suis aussi beau? C'est à Mère Nature qu'il faut quémander des infos... ». Je remarque qu'elle sourit, c'est dire que je suis plutôt doué pour quelqu'un qui a plutôt l'habitude de la pousser à bout que de lui changer les idées sur un terrain aussi neutre. J'allais ajouter quelque chose qu'un son familier me rappelle qu'il existe quelque chose hormis ce planage dans la chambre de Moreno. Je ramasse mon portable pour y voir un SMS. J'en reste figé d'effroi.
Tony a écrit:
Une meuf te cherche, mon grand. Une chaudasse, c'est moi qui te le dit. Elle dit que tu la connais, qu'elle est de passage. Ortega. Si c'est pas toi qui la lève ce soir mon vieux, j'te connais plus. Rapplique.
Je suis tétanisé. Je suis carrément dans un monde parallèle, ça relève du cauchemar ce qui est en train de se produire. Je mate l'heure où ça a été envoyé, ça date. Putain. Ortega. Ça, ou une putain de balle en plein épaule, je sais pas ce qui titille le plus. Je dirais que la douleur d'un calibre 9mm dans la chair est moins troublant que celui d'imaginer Anja ici, à Charming. Elle était près de chez moi pour avoir réussi à tomber sur Tony. Comment on a pu lui dire où j'étais? Mes parents l'ignorent, enfin, l'emplacement exact des quartiers du cartel changeant souvent, ils ne suivent plus mes déplacements. Charming est pas ce que l'on appelle une destination touristique, qu'est-ce qui peut - « Toujours frustré ? Parce que ça a l’air de te rendre muet ! ». Ma mâchoire est tellement contractée qu'elle me fait un mal de chien. J'ai la vision floue à force de relire ce putain d'acte de guerre et je ne parviens pas à exprimer la moindre émotion ou réserve. Voilà qu'on me reproche mon silence, et je suis partagé entre l'envoyer se faire foutre et me montrer plus clément, après tout, mon problème avec Ortega lui est égal, inconnu, et ne la regarde en rien. Non sans trembler, je balance mon portable dans le nid de mes vêtements et m'assoit sur le lit. Cherchant de la paume son joint, que Sin me tend sans rien ajouter, me laissant pomper comme un malade trois ou quatre touches qui consume la moitié de l'herbe. À cause de cette nouvelle catastrophique, me voilà tiquer à de nouveau foutre ma main dans mes cheveux. Elle est pas conne, ça va lui sauter aux yeux, même défoncée, que je suis contrarié/mystifié « Avant que tu demandes, c'est rien d'important ». Si Sin Moreno est une fille qui se respecte, ça risque de faire pire que bien, mais dans l'optique où on se fout respectivement de ce que l'on fait hors du pieu, ça peut passer. Dans tous les cas, je ne désire pas mentionner l'existence de ce texto, ni même y penser. Je continue donc sur tout autre chose « Je suis officiellement en manque de sexe, c'est un fait. La défonce, c'est bien, mais y'a rien qui bat le feeling de s'être envoyé en l'air pour de bon ». Je profite qu'elle soit emmitouflée dans son cocon de couverture pour la faire chavirer, rigolant légèrement tandis que je m'assois sur le rebord de la couverte, l'obligeant à se tortiller pour tenter de faire quoi que ce soit « Si je serais vraiment horrible, je pourrais profiter de toi petite chenille... je me penche légèrement sur elle, ma paume près de sa silhouette appuyée sur les draps, déposant mes lèvres sous son menton avant de conclure mais comme tu peux le constater, je vais me contenter de simplement te rendre dans le même état que moi ».
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Lun 5 Mar - 12:07
Les gens qui comptent vraiment dans ma vie se comptent sur les doigts d’une seule main. Ce sont pour qui j’ai peur et que j’aime à en crever, ceux pour qui je serais capable de tout mais principalement du pire si ça leur garantissait quelques années de vie en plus. Venant d’une famille brisée, j’ai appris à ne compter que sur moi-même et sur mes frères et si d’autres électrons libres avaient fini par se greffer à notre petit noyau de famille, ils restaient les deux piliers principaux de mon existence sans qui je n’étais plus capable de rien. Elle était belle l’indépendance dont je parlais à tort et à travers mais qui ne valait plus rien quand mes frangins entraient en ligne de compte. J’étais une femme libre mais terriblement attachée à sa famille et c’était une des raisons pour lesquelles j’avais pris la peine de jouer la fée du logis quand nous vivions encore à Los Angeles, que je m’occupais d’eux, me montrant parfois beaucoup trop envahissante pour que ce soit complètement sain mais c’était ma manière de m’assurer que rien ne leur arriverait, si je devais choisir, je préférais, et de loin, mourir la première. Dieu seul savait quels effets auraient sur moi la mort de l’un de mes frères, si j’avais survécu à la disparition tragique de mon petit ami Rafael, ce fut uniquement grâce à leur présence et à leur soutien inébranlable, grâce à mes deux aînés qui avaient été capables de tout brader pour venir s’installer dans un trou paumé pour que je change d’air et recommence une nouvelle vie. Tout ça pour que cette putain de maladie finisse par me rattraper après tant d’efforts pour oublier ce qui me faisait mal, après tant d’efforts pour reprendre une vie normale et apprécier chaque petite chose qui se présentait à moi et rendait le quotidien moins sombre et triste. En étant tombée malade, j’avais l’impression de les avoir trahi, d’avoir piétiné tous ces sacrifices faits pour moi et ce en un claquement de doigts. Voilà pourquoi je mis autant de temps à leur annoncer les raisons de ma perte de poids fulgurante, de mes faiblesses et de mon cruel manque d’appétit, moi qui, habituellement, mangeais comme quatre. Pourtant, aucun reproche n’avait fusé, pas une remarque acerbe, seulement de l’amour et une volonté de se battre qui dépassait la mienne. Il aurait été si facile de se laisser aller, de choisir la voie de la lâcheté plutôt que de tenir bon, de rester debout et fier et de décider qu’on ne mourrait pas, du moins, pas de ça. Ce furent eux qui me donnèrent l’impulsion qui m’avait manqué pour avancer et me dire qu’au fond, ce n’était pas la pire des choses qui m’étaient arrivées et que je pouvais lui faire la guerre comme je pouvais la faire au machisme et à la connerie des mecs qui m’entouraient.
Pourtant, j’avais mes moments de bas, ces instants où je pensais plus à demain qu’à hier et où je réalisais que la fin était proche. J’avais alors l’impression de combattre des moulins à vent et que la faucheuse aurait raison de moi, comme elle avait eu raison des membres de notre petite famille. Après tout, depuis le temps qu’elle planait au-dessus de nous, j’avais bien compris qu’elle ne nous portait pas nécessairement dans son cœur, j’ignorais si elle avait une dent contre les Moreno ou seulement contre les latinos de manière générale. Quand cette déprime momentanée me prenait, j’avais davantage besoin qu’on me fiche un coup de pied au cul que de compassion. C’était dans ces moments-là que le caractère de merde de Javier me manquait, il se moquait assez de moi pour être en mesure de me dire la vérité sans détour et c’était ce qui me plaisait, qu’il ne prenne pas de gants et ne prenne même pas la peine d’être mielleux pour faire passer la méchanceté qu’il balançait. Je ne reprochais rien à mes frères, je savais que c’était aussi dur pour moi que pour eux et qu’ils tentaient sans cesse d’arrondir les angles pour ne pas m’affaiblir davantage mais les autres, ces autres qui me traitaient comme si j’étais déjà morte, qui se sentaient contraint de me regarder avec cet air attristé et bourré de pitié qui me donnait un envie folle de tout casser et principalement leur sale gueule. Emilio avait fini par adopter la même posture, quand il ne se mettait pas à aborder des sujets qui me semblaient triviaux pour ne pas dire grotesques compte tenu du contexte et de mon caractère. Il pensait que parce que j’étais malade, j’étais devenue une femme faible et sans défense, que j’avais perdu mes idéaux au passage mais il était purement et simplement à côté de la plaque. Si j’avais catégoriquement refusé de porter le nom de Rafael, il en serait de même pour lui, tout comme je ne voulais pas me coltiner ses gosses si, par le plus grand des hasards, je parvenais à survivre à cette douloureuse et éprouvante épreuve. J’ignorais si mon frère Gabriel était dans le coup mais lui, avait déjà tout planifié sans même me concerter, pensant sans doute que c’était subsidiaire de me demander ce que moi je voulais. Ce que moi je rêvais de faire si je survivais, ce n’était pas de me ranger et de faire comme toutes ces pouffiasses qui rêvaient d’un parti et de se faire entretenir le restant de leurs jours, non, moi je voulais retourner au Mexique, je voulais y prendre des vacances bien méritées et ne rien faire d’autre que de baiser, fumer et manger jusqu’à mourir de contentement et de plaisir. Dans ce voyage, il n’y avait qu’une seule place et c’était la mienne.
Pourtant, s’il fallait que par le plus grand des malheurs, je doive emmener quelqu’un avec moi, il était clair que Javier serait le premier sur la liste, je le savais assez distant et désintéressé pour me laisser faire ce que bon me semblait et avec qui je le désirais et c’était d’ailleurs pour cette raison, entre autres, que j’aimais autant sa compagnie. Non seulement il ressemblait terriblement à Rafael mais avait assez de respect pour moi pour me voir autrement que comme un objet, j’avais l’impression d’être son égale et ça me plaisait assez, on m’avait très peu de fois fait ressentir cet état de fait sans que je n’ai à faire mes preuves et à taper du poing sur la table.
« Etonnant que tu n’aies pas cédé à la tentation. » fis-je remarque avec un sourire, tremblante, avant de reprendre « Ca ne m’empêche pas d’avoir froid, je suppose que quand on est en bonne santé, on connait autre chose que l’impression de vivre au pôle nord, mais moi, je vis dans le monde des pingouins, hombre. Alors si tu pouvais te rendre utile et allumer un feu, je serais pas contre. »
Un rire m’échappa, je sortais toujours des tas de conneries pour détendre l’atmosphère et faire oublier que ma maladie me faisait vivre un véritable calvaire, principalement quand les autres finissaient par s’en apercevoir. Puis il finit par me suivre dans ma connerie, sortant une énormité aussi grosse que lui, ce qui m’amusa assez pour soutirer un sourire et me faire tirer un peu plus sur mon joint qui ne me réchauffait pas le moins du monde, tout comme cette connasse de couverture de merde. Mais pas besoin d’un baromètre pour constater que l’atmosphère a changé et que ça risque de tourner à l’orage, suffit de discerner ses traits à la lueur de son téléphone et du peu de lumière qui passe par la fenêtre pour voir qu’il était dans un état qui pourrait le retransformer en connard imbuvable et à vrai dire, j’ignorais encore si j’allais apprécier ou pas mais vu sa réaction, je compris rapidement qu’il était touché directement et j’ignorais ce qui était susceptible de foutre un mec comme lui dans un état pareil.
« C’est toujours important quand on dit que ça ne l’est pas, et ce genre de réaction est toujours la conséquence d’un truc foireux avec une gonzesse. C’est pas parce que j’ai l’air d’un mec et que je passe mon temps à me comporter comme eux que je ne garde pas un peu de mon sixième sens féminin. Mais puisque tu ne veux pas en parler, sache juste qu’au cas où ça finirait par te démanger et je ne parle pas de ton boxer, tu pourras venir me voir, j’ai plus que ça maintenant, jouer à la confidente. Prends ça comme un cadeau, c’est pas aussi bien qu’une bonne baise mais ça vaut ce que ça vaut. »
Comme s’il ne m’avait pas écouté, il me fit basculer sur le dos, me rendant complètement inoffensive et me nargua avec un plaisir non feint, jusqu’à ce que je parvienne à dégager l’un de mes bras, assez pour me défaire de l’étreinte de ce cocon improvisé. Je posai ma main glacée sur son avant-bras pour qu’il tombe sur moi, me communiquant déjà sa chaleur alors que je refermé la couverture sur nous pour finalement caler mes mains sur ses fesses.
« Tu disais ? » le provoqué-je avant de ricaner, sentant un regain de vitalité m’envahir, je savais qu’il était éphémère
J’en profitai pour lever un peu la nuque et venir chercher ses lèvres, il n’y avait pas cette bestialité à laquelle nous étions habitués, juste de la douceur alors que l’une de mes mains remontait le long de son dos. Je savais que cette drôle d’intimité pouvait le mettre mal à l’aise, cela n’avait jamais été dans nos habitudes mais moi, j’en avais besoin.
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Sam 10 Mar - 21:55
« Étonnant que tu n’aies pas cédé à la tentation ». Un sourire s'étire sur mes lèvres, enfin quelque chose hésitant entre un sourire amusé et une grimace. C'est ce que je n'arrête pas de me répéter depuis la seconde où j'ai décidé de ne pas foutre le camp comme elle était en droit de s'attendre et comme j'aurais eu l'habitude de faire. Je ne lui ai jamais donné la moindre impression comme quoi j'étais du genre à me soucier ultimement d'aucun de ses états d'âme, de me foutre carrément de la façon dont elle occupait ses journées et avec qui, tant qu'elle prenait quelques minutes pour qu'on s'envoie en l'air d'une façon bestiale quelque part dans la ville de Charming. Je n'avais nullement envie de comprendre ce qui l'animait, de savoir ce qu'elle avait traversé ou même la façon qu'elle avait échoué ici, dans ce bled pourri. Ce qui était bien, et même vachement bon, c'était que la réciproque était vrai. Sin Moreno n'avait rien à battre que je vienne du Mexique, que je considérais Tony comme mon frère et que je venais de faire un putain de bon deal avec une petite bande qui vient de l'Ouest des États-Unis. Ça m'arrangeait, en fait. Je n'aime pas donner des explications, j'ai horreur de me justifier et j'ai justement foutu le camp de sous la surveillance étroite du clan Gonzales pour éviter d'avoir à faire des comptes rendus. Je me suis tiré d'une relation trop intense pour être saine avec la seule et unique personne avec qui j'ai jamais eu envie de vivre quelque chose pour revivre cette sensation sublime, magnifique, incomparable de ne rien devoir à personne, de faire ce que bon nous semble, quand on le veut, avec qui on le veut et aussi défoncé qu'on le veut. C'est mon aspiration depuis trois ans, et le comportement que j'ai adopté depuis cette rupture fatidique qui a sans doute scellé définitivement la fibre sensible en moi semble avoir perdu quelques crans au contact de Moreno. Ça me fait chier, non, pire que ça; ça me fout une trouille pas possible. Je veux pas avoir quelque chose à foutre de son cul, si agréable est-il a posséder. Je veux pas me tracasser sur le fait qu'elle va probablement subir des tas d'examens et d'interventions et de traitements moins sympas les uns que les autres. Honnêtement, c'est la pire chose qui pouvait arriver là, maintenant, tout de suite. Ça, et ce putain de texto de ce connard de Tony. Il semblerait qu'un emmerdement ne vient jamais seul dans mon cas, et lorsqu'une nouvelle personne semble prendre une place dans la restricted area du " J'en ai quelque chose à foutre ", voilà qu'une autre qu'on avait rayé pour se retrouver centre de son propre univers fait irruption pour d'autant plus brouiller les cartes. Non vraiment, Javier, c'est parfait, c'est complètement bien comme plan. Judicieux au possible, oui. Bordel. Pourquoi j'ai pas de poudre sur moi? Pourquoi j'ai pas les couilles de prendre mon portable à la con et de le balancer par la fenêtre pour venir torturer sans vergogne le corps décharné, quoique toujours enviable et désirable, d'une Sin Moreno parfaitement étendue dans son lit, emmaillotée et parfaitement vulnérable? Pourquoi, merde, POURQUOI je viens justement de me lancer dans un scénario complètement tordu et absolument hors de cet absolu, cette ligne directrice que je m'efforce de suivre depuis longtemps? Je n'ai pas la réponse, ni même la force d'entreprendre une réflexion susceptible de me ramener à quelque chose de concret. Est-ce de l'appréhension, de l'horreur, de l'indifférence, ou simplement que ça me fout une tortueuse peur au ventre? Toutes ses réponses à la fois, est-ce que ça fait de moi un mec carrément cinglé? Ouais bon, bah probablement.
« Ça ne m’empêche pas d’avoir froid, je suppose que quand on est en bonne santé, on connait autre chose que l’impression de vivre au pôle nord, mais moi, je vis dans le monde des pingouins, hombre. Alors si tu pouvais te rendre utile et allumer un feu, je serais pas contre ». Je suis plutôt content qu'elle enchaîne tandis que je passe la main dans mes cheveux en bataille, partant dans tous les sens, comme chaque fois que je m'éveille et que je ne me lance pas dans la trépidante aventure de tenter de domestiquer cette tignasse sauvage. Ça m'évite de me concentrer plus longtemps sur l'étrange sourire qui flottait sur ses lèvres après sa précédente réplique. D'ailleurs, celle-ci est nettement plus légère, me permettant de tenter de tourner l'ambiance, ne cherchant pas réellement à améliorer le climat qu'à me changer les idées et de ne surtout pas avoir à justifier ce changement de cap à une Sin un peu trop perspicace, même en plein processus de rétablissement « Les feux que j'allume risquent de te consumer dans l'état où t'es présentement, Moreno. T'inquiète, ça me navre autant que toi, sinon plus ». Je crois pouvoir affirmer sans trop de mal que si je ne me restreignais pas, je serais toujours en train de baiser. Entre quelques séances, un peu de sommeil et de bouffe à attraper, idéalement de la nourriture épicée et copieuse, mais tout entremet est bon à prendre pour continuer à prendre son pied dans les conditions optimales. Mourir d'épuisement pour cause de sexe trop bon, c'est le comble du bonheur, la meilleure façon de crever, clairement. Plus j'assouvis de ces fantasmes qui me collent à la peau, plus j'en développe des nouveaux que je me sens obligé de réaliser pour ne pas m'en retrouver frustrer plus tard, si un jour je me retrouve à coltiner femme et gosses. Je veux avoir vécu tout ce que j'ai à vivre, plus intensément que la majorité des gens, ne serait-ce que pour ne pas ressentir de regrets d'avoir tourner la page sur cette liberté que j'adore tant, pour laquelle j'ai tant sacrifié et pour laquelle je garde le cap non sans difficultés. Dans le cas présent, de la faire sourire, lui changer les idées, c'est clairement une de ces épreuves que m'envoie le karma pour savoir si je mérite de vivre la vie que je vis. Je suis heureux, somme toute, et je suis en santé. Je déborde d'énergie à n'en pas savoir que faire, j'ai un succès monstre en affaire, la famille de Tony m'adore et j'ai un chez moi complètement hallucinant. L'idée de me faire enlever un de ces plaisirs me donne l'impression de me vider de mon sang sur place. Impression renforcée par ce texto à deux balles..
« C’est toujours important quand on dit que ça ne l’est pas, et ce genre de réaction est toujours la conséquence d’un truc foireux avec une gonzesse... ». Je rigole légèrement, de façon crispée, ne serait-ce que pour signifier le grotesque de la situation. Je ne peux pas être le seul à le relever, non? « ...sache juste qu’au cas où ça finirait par te démanger et je ne parle pas de ton boxer, tu pourras venir me voir, j’ai plus que ça maintenant, jouer à la confidente. Prends ça comme un cadeau, c’est pas aussi bien qu’une bonne baise mais ça vaut ce que ça vaut ». Je m'étouffe bien clairement, sidéré, ulcéré, troublé. Ça me travaille de ne pas l'envoyer paître aussi sèchement que ça, mais putain, je suis pas une tapette, je n'ai pas besoin de me vider le coeur, pour ce que ça vaut, Ortega peut se faire baiser par Tony, ça rendrait seulement les choses plus faciles de mon côté « Dans la mesure où j'ai encore des couilles, je vais continuer d'encaisser sans broncher. J'ai connu pire, et puis à la rigueur, je préfère digérer la nouvelle à la mexicaine, avec téquila et femmes, mais sans rancune Moreno, c'était... délicat de ta part ». J'ignore si je m'en suis tiré à bon compte, mais il est pas question que je me morfonde sur le cas d'une femme sur laquelle j'ai tiré un trait pour ma propre santé mentale à une autre qui menace également cet équilibre précaire à force d'avoir un impact et une influence sur les différents pans de mon existence, dont le simple fait de continuer à respirer.
De toute façon, je continue de préférer le contact physique à n'importe quel mot. C'est plus éphémère, mais nettement plus communicatif et authentique que les propos. Cette façon propre que j'ai de constamment lui chercher des merdes avec mes répliques, mais celle de vouloir la rendre complètement folle, ivre de désir et de scénarios complètement délurés pour qu'on occupe quelques heures de libertés, témoigne autrement de cette relation tortueuse et physique que l'on entretient. Les conclusions plausibles à cet épanchement de sensualité ne serait-ce que pour la frustrer au même titre que je ne peux l'être là, maintenant - le sommeil en tandem et le shit de qualité n'aidant pas à ma cause - je me retrouve finalement étendu sur elle, pris de cours lorsqu'elle renverse mon bras et qu'elle referme l'édredon sur nos corps « Tu disais ? ». Je me retrouve à croiser son regard et la lueur malicieuse qui s'y trouve. Ses paumes sur mon derrière, tandis que j'ai peine à entrouvrir les lèvres pour répondre que Sin y dépose les siennes après s'être renversé la tête vers l'arrière pour les atteindre. Sa main remonte lentement tandis que mes doigts se referment sur les traits de son visage pour prolonger le baiser, relâchant sa bouche pour déposer un baiser sur sa lèvre supérieure « Je vais avoir du mal à relayer au placard ce qui s'installe ici bas, Moreno ». Ça ne m'empêche pourtant pas de faire glisser le revers de ma paume du creux de ses hanches vers sa poitrine, juste sous son haut, sentant celle-ci se soulever et se rabattre plus rapidement qu'il y a quelques minutes. Ça ne change pas non plus quelque chose au fait que je parsème son cou d'une alternance de baisers, de légères morsures et d'une langue qui remonte jusqu'à sous son oreille « Je ne réponds d'emblée pratiquement plus de rien ». C'est marrant quand même qu'il ne soit pas nécessairement question de cul à proprement parler, mais de cette ivresse que l'on ressent dans cette proximité troublante avec quelqu'un qu'on connait, pourtant, physiquement par coeur...
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Mer 14 Mar - 10:33
Parler, conseiller et réconforter, je ne le faisais qu’en cas d’extrême urgence et pour une raison simple, je ne pouvais pas me permettre de montrer ma part de féminité à ceux qui pouvaient me descendre en un clin d’œil. Malgré ce que je prétendais et la manière dont j’agissais, je n’en restais pas moins une jeune femme avec une sensibilité qui m’était propre et qui était grandement influencé par toutes ces choses qui faisaient de moi une femme. J’avais grandi parmi les hommes, élevée par mes frères, j’avais très vite calqué mon attitude sur la leur, je n’avais pour amis que des garçons et je partageais le même grand parler et cette manière décomplexée de parler de sexe, néanmoins, j’avais une hypersensibilité qui n’était pas uniquement propre aux femmes, mais que tout être doué de raison tentait de dissimuler ou bien de se débarrasser pour ne pas être une cible de choix. J’agissais parfois comme une brute épaisse, si bien que j’avais fini par me convaincre que j’en étais une et que je ne pouvais aspirer à rien d’autre. Même ma relation avec Rafael n’avait rien changé à cet état de fait, si je me laissais un peu plus aller à ses côtés, je restais constamment sur mes gardes, morte de peur à l’idée qu’on découvre mon secret, mon talon d’Achille et que l’on m’achève sans préavis. J’avais trop lutté pour obtenir une place parmi tous ces hommes, trop donné pour être relégué à la catégorie « gonzesse » et si pour ça, je devais faire preuve d’une insensibilité dépassant l’entendement, ça m’était complètement égal, j’étais prête à le faire. Mais ça c’était avant, avant que je n’apprenne que j’étais malade, avant que je réalise que je risquais ma vie et que j’avais passé une bonne partie de celle-ci à me mentir, à jouer un rôle pour me faire accepter par les autres et aimer d’eux, sans doute pour oublier que je n’étais jamais parvenue à m’aimer moi-même, à m’assumer et à me trouver un minimum de qualités. Ma grande confiance en moi n’était que poudre aux yeux, je ne faisais que puiser dans ce que mes frères me donnaient, la manière dont ils croyaient en moi sans que je ne comprenne pourquoi, ils étaient ma force et je savais que sans eux, je n’aurais pas été à la hauteur. Toutes mes tentatives pour m’en sortir n’étaient pas uniquement dues à mon caractère de battante mais à ma volonté de les impressionner et de les rendre fiers. Autant dire que j’avais l’air bien con maintenant, moi et mes 45 kilos toute mouillée, ma maladie que je traînais comme un boulet et toutes mes perspectives d’avenir réduites à néant.
Mon cancer m’avait au moins ouvert les yeux sur tout ce temps que j’avais perdu en stupidités. Je ne pouvais plus m’empêcher d’être moi-même pour satisfaire le besoin des autres et leurs attentes, je voulais cesser de m’épuiser à rentrer dans une idée qu’on s’était faite de moi, je voulais arrêter de me voiler la face. En dépit de mes efforts, je demeurais une femme et je devais l’assumer jusqu’au bout, peu importait ce qui en découlerait. Maintenant que j’avais fait preuve de faiblesse, il était clair qu’on attendait ce genre de comportement de ma part. J’avais entendu tellement de commentaires sur mon état que j’aurais pu en écrire un livre si cela ne m’avait pas tant blessé. Prétendre que parce que j’étais une femme et donc plus faible que les hommes, était la raison de ma maladie après tant d’années dans le métier, c’était la chose la plus odieuse qui était sortie de la bouche d’un de mes camarades à qui j’aurais volontiers refait le portrait si j’en avais eu la force. Ils pensaient savoir et comprendre mais tombaient à côté. Ils étaient persuadé que c’était la preuve parlante que les femmes n’étaient pas faites pour un boulot pareil, moi, je mettais ça sur le compte de la poisse familiale. Il était compliqué de se sentir soutenue dans une période pareille quand on entendait ce genre de débile se prendre pour des théoriciens éclairés alors qu’ils n’étaient que des ivrognes arriérés. J’avais le moral au plus bas depuis un moment, je ne pouvais plus m’adonner à ce que j’aimais le plus et étais réduite à l’état de loque vivante par la médication qui était aussi brutale que conséquente. Résultat, je ressemblais davantage à une morte qu’à une humaine, ainsi, je ne comprenais pas pourquoi je déchaînais toujours autant les passions, que ce soit celles de mon cher et tendre Emilio ou bien celles de Javier. Ce dernier avait toujours été extrêmement exigent, avoir été capable de le séduire était une victoire en soi, un trophée que j’aurais pu afficher fièrement si j’avais pu l’empailler et l’accrocher au mur de notre salon. Cela dit, j’avais peine à croire qu’il puisse se trouver encore près de moi à cet instant, je ne ressemblais à rien, j’étais maigre à pleurer et malgré tout, il ne semblait pas dégoûté de poser les mains sur moi, pas plus qu’il ne semblait l’être en me regardant alors qu’à chaque fois qu’Emilio m’approchait, il craignait de me toucher de peur que je ne me transforme, d’un moment à l’autre, en tas d’os. Envolée sa fougue des débuts et sa manière de m’en faire voir de toutes les couleurs, il était devenue soigneux, presque trop en me voyant comme une chose fragile et non plus comme une personne. Si je l’avais aimé dans un passé pas si lointain, j’avais fini par réaliser qu’il avait bien trop changé pour que ce soit bon pour moi.
« Quand t’auras rangé tes couilles au placard pour une soirée, tu sauras où me trouver Gonzales. »
Peu importait la fierté de l’homme, tous avaient besoin de se confier à un moment ou à un autre et je pensais sérieusement être la mieux placée pour le comprendre, nous étions plus identiques qu’il n’y paraissait et même si on passait plus de temps à baiser qu’à parler, j’avais bien pris le temps de m’en apercevoir, sinon je n’aurais jamais pris la peine de lui sauver la vie à maintes reprises. A vrai dire, ça, je l’avais toujours fait pour le faire enrager, je savais que l’idée d’être secouru par une gonzesse le mettait mal à l’aise pour ne pas dire que ça le dérangeait et ça m’amusait de savoir qu’il me devait quelque chose. Qui savait quand je pouvais lui réclamer mon dû ?! Pourtant, il n’est bientôt plus question de problèmes existentiels et de conversations de gonzesse, je finis par l’attraper dans mes filets, juste assez pour pouvoir user et abuser des avantages de cette position. Je sais que cette entreprise est périlleuse et que je ne suis pas certaine de la mener à bien et pourtant, je persiste à croire qu’essayer ne coûte rien. Si la raison ne m’avait pas complètement déserté, elle m’aurait susurré qu’une femme qui ne parvient déjà pas à tenir sur ses jambes, ne peut décemment pas s’adonner à ce genre de sport sans y laisser la vie. Il ne lui fallut grand-chose pour répondre favorablement à mes caresses, notre proximité est telle que je sens son désir contre moi alors qu’il passe sa main sous mon t-shirt, m’obligeant à retenir mon souffle d’appréhension, ce n’est pas une zone que j’aime que l’on visite ces derniers temps et pourtant, il se montra assez doux pour que je ne l’oblige pas à poser ses mains ailleurs. Mes jambes se resserrèrent autour de lui pour réduire à néant les centimètres qui nous séparent tandis qu’il tente de me rendre complètement folle à grand renfort de baisers et de morsures qui me font soupirer à chaque assaut. Grand Dieu, si j’en avais eu la force, j’aurais sans doute inversé la tendance, l’aurais chevauché comme une Walkyrie, prenant les rênes, comme souvent, jusqu’à ce que notre lutte s’engage pour savoir qui remporterait la maîtrise totale de l’échange, ce n’était jamais le même qui l’emportait, jamais. Et j’adorais ça !
« Tant que tu as un minimum de conscience, arrête-toi là Gonzales parce que bientôt, je ne pourrais plus rien contrôler et je doute que ce soit une bonne idée de se lancer là-dedans maintenant. » murmuré-je
Je n’étais pas impotente mais n’en étais pas loin et je n’étais pas sûre de pouvoir tenir la distance, même si l’excitation avait d’ores et déjà effacé la douleur qui m’avait secoué un peu plus tôt et qui risquait de me frapper de plus belle si je dépassais les limites de ce que mon corps pouvait supporter. Mais malgré mes propres avertissements, je fus celle qui alla trouver ses lèvres, celle qui glissa sa main entre nos deux corps pour venir taquiner ce qui trahissait son incapacité à me dire non, que ce soit raisonnable ou pas. Tout comme moi, il comprit bien vite que nous ne pourrions nous étaler sur la longueur, passer des heures à faire languir l’autre, je n’en avais pas la force physique. Ce fut donc avec une douceur infinie et après avoir parcouru ma peau de baisers qu’il me défit de mon pantalon puis de mon sous-vêtement alors que nous n’étions plus à l’abri de ma couverture, mon corps réchauffé par son contact et sa façon de me promettre la Lune du bout de la langue. Mon cœur battait à tout rompre dans ma poitrine alors que mes joues étaient rougies par le désir et l’expectative, il finit par amorcer l’union de nos deux corps et je l’encourageai en entourant sa nuque de mes deux bras, lui demandant d’un murmure d’être doux. La bestialité, on devrait la garder pour plus tard, certes, si je devais crever sur la table d’opération, ce ne serait pas une dernière baise d’anthologie mais c’était mieux que rien. Non ? L’une de mes mains finit par glisser dans ses cheveux alors que je l’encourageais de baisers qui en disaient long sur mon état, je finis par n’être que son jouet, dépassée par les événements et surtout mon propre plaisir. J’agrippai ses épaules de mes ongles, retenant un gémissement bruyant en me mordant la lèvre à sang alors qu’il me maintenait toujours fermement les cuisses, m’imposant son rythme infernal jusqu’à ce que je sois complètement terrassée et que l’extase m’aveugle de nombreuses secondes durant lesquelles j’oubliai de respirer. Ce ne fut que lorsqu’il se laissa tomber sur moi que je revins à la réalité de l’instant. Jamais nous n’avions partagé un moment pareil, j’ignorais ce qu’il convenait de faire, s’il avait été Rafael ou Emilio, je me serais sans doute collée à lui pour trouver la sécurité de ses bras mais il n’était ni l’un, ni l’autre et je m’attendais à le voir filer d’un instant à l’autre, après sa BA de la journée, à savoir apporter un peu de bonheur à une mourante. Quand il finit par rouler sur le côté, je le fixai d’un drôle d’air, attendant qu’il fasse quelque chose typique de lui.
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Sujet: Re: damaged goods - sin moreno Sam 17 Mar - 17:31
« Bordel Javier, je suis DÉSOLÉE. On m'avait dit que- ». Sur la terrasse de cette dernière boîte hype du coin, je fulmine. Putain non, pire que ça, j'ai envie de tout envoyer balader. Je peux pas croire qu'elle a trouvé le moyen de venir me retrouver ici pour me foutre en l'air ma soirée. Assis sur une banquette avec Tony et trois autres potes, on matait ce qui se passait autour, passablement défoncés. La musique était transcendante, et j'avais l'impression qu'elle résonnait dans ma tête. La descente de plusieurs bières, d'éclats de rire entre potes et de deux-trois meufs qui se sont mises en tête de venir nous lever du club pour nous ramener dans leur appartement de merde. Certes, leurs shorts laissaient deviner aisément la pomme de leurs fesses, les bandanas leur servant de haut laissaient voir des hanches pleines, un ventre plat et un teint hâlé et leur air de femmes objets avait quelque chose de bandant en premier lieu, mais outre pour voir Tony et Luis se faire des téquilas sur leur ventre, ça avait rien de bien affriolant. Voilà qu'elle rapplique avec deux de ses copines, en furie, me répétant qu'on lui avait dit qu'avec Tony, ça virait obligatoirement à l'orgie et que je finirais sans doute par baiser une pute avant que les trois heures du matin sonne la fermeture du club « Ce que tu peux agir comme une foutue conne, Anja ». Elle ne me laisse pas finir qu'elle me fout une claque en pleine gueule. Je suis tellement aveuglé par la rage que je ne me vois même pas la soulever du sol pour l'immobiliser contre le mur, un genou entre ses jambes et ma main la maintenant en place au niveau de son cou, sans faire de pression, mais constituant probablement une position menaçante. Je serre les dents tellement fort que ça grince dans mes tympans, et je la relâche, m'éloignant d'elle en me prenant la tête, furieux d'avoir été pris en chasse par ma petite-amie que je ne me détache qu'en de si brèves occasions que je me fais relancer par Tony que je suis rendu homme au foyer. Furieux de ne pas avoir eu la chance de terminer ma phrase avant qu'elle ne se sente obligée de me balader de sa paume « Tu croyais débarquer la bouche en coeur, que j'allais te prendre dans mes bras et éclater de rire? Tu vis sur quelle putain de planète, Anja? J'explique ça comment, maintenant? Qu'est-ce que j'ai louper pour te faire douter? ». J'en tremble, je parviens à peine à mettre la main sur le joint dans la poche de ma chemise, le pinçant entre mes lèvres pour finalement atteindre le briquet et allumer ce diffuseur de paix intérieur. Elle s'approche, se tenant la gorge, ce qui me coupe la capacité à respirer pendant quelques secondes. Je me rappelle ensuite que je lui ai absolument pas fait mal, n'ayant jamais eu le réflexe de refermer une pression sur cette partie de son corps « Ça marche comme ça dans ce monde, Javier. Il n'y a jamais de happy ending pour les petites-amies... ». Elle me rend complètement fou, autant je peux être cinglé d'elle qu'elle m'oblige parfois à prendre sur moi pour ne pas me diriger d'emblée vers l'asile psychiatrique. Si seulement elle comprenait que je fais déjà des pieds et des mains pour que la famille de Tony conçoive que je fréquente une fille extérieur au milieu à qui il est strictement interdit de s'approcher... « Tu ne sais pas de quoi tu parles, Ortega. Tu es une femme brillante, mais ici, t'es hors de tes champs de compétences. Rentre à la maison, referme à clé et attend que je revienne ». Je ne lui laisse pas l'occasion de répliquer que je plaque mes lèvres sur les siennes, les retient un instant avant de faire volte-face, pour aller terminer mon joint un peu plus loin. Je le pompe comme un forcené, peu tenté de rentrer à l'intérieur pour aller faire marrer de ma gueule les types avec qui on se retrouve. Certes, ce sont des copains, mais ils sont vachement plus proches de la tête dirigeante du cartel que de Tony ou de moi. Ça risque de se savoir qu'une meuf est venu faire sa scène au négociateur en devenir à qui on a délégué la mission d'agrandir les horizons de l'organisation...
« Quand t’auras rangé tes couilles au placard pour une soirée, tu sauras où me trouver Gonzales ». Je sens ma mâchoire se contracter instinctivement. Le simple fait d'entendre parler de Ortega me fout une envie folle de gerber, et rien ne corrige cette pernicieuse habitude quand j'entends Moreno me proposer d'être l'épaule sur laquelle m'appuyer si j'en ai besoin. Bordel, quand est-ce que je me suis métamorphosé en gonzesse, j'ai du louper le moment en zappant à une autre chaîne ma parole... « Noté ». Je ne parviens pas à élaborer mon discours davantage, pris au dépourvu dans cette situation peu enviable qui me rend malade. C'est marrant, trois jours après sa crise de jalousie, cet excès de possessivité qui avait justement remis en question les couilles dont parle Sin, je faisais un deuil de ma relation avec Anja Ortega. Ce qui est encore plus drôle, c'est que c'était tout simplement le début de la fin. Je ne me suis tout de même pas encore fait à l'idée de l'avoir tout bonnement rayer de ma vie, vu la réaction que je viens de peine et de misère à renvoyer à l'arrière-scène à la vue du SMS de Tony. Ce deuil est continuel, et chaque fois que je me sens seul, ça se fait sentir. Ça revient, comme un putain de boomerang, et je n'y peux rien. La seule solution, c'est d'être constamment occupé, d'abord par le boulot, ensuite par la marie-jeanne qui embrume suffisamment mon cerveau pour m'empêcher de me morfondre, puis il y a cette proximité avec Moreno qui me donne l'impression d'avoir tourner la page. Je ne peux pas dire si ça me rassure, si ça m'attriste ou que ça me rend tout simplement perplexe, pas encore. Tout ce que je sais, c'est que c'est bon, bordel, qu'est-ce que c'est bien de toucher une femme sans avoir pratiquement le visage de Anja qui se subtilise aux traits de la demoiselle en question.
C'est sans doute tout le bien que me fait la présence de Sin, de me faire voir autre chose, me faire ressentir quelque chose de différent, complètement aux antipodes de Anja. Sin Moreno n'a jamais besoin de se faire rassurer, de se faire conforter, se contentant de savoir justement où sont ses atouts - et Dieu sait qu'ils sont nombreux - et d'en jouer pour obtenir ce qu'elle veut. Le fait qu'elle traverse quelque chose qui me semblait impossible avant de débarquer ici il y a quelques heures à peine n'y change rien, et si son physique s'est métamorphosé quant à ce que j'étais habitué, il n'en reste pas moins qu'elle est et demeure tout à fait bandante, avec son caractère de merde, son envie de sauver les âmes en perdition comme la mienne et sa capacité surprenante à me rendre complètement ivre de désir avec si peu de moyens que ça en était navrant quand on y pensait. Elle avait beau avoir perdu quelques kilos, avoir nettement moins d'énergie et de patience, ses manières demeuraient félines, ses propos séduisants et ses invitations hautement désirables. À quoi bon s'attarder à un état passager - cette meuf peut carrément tout surmonter, ne serait-ce qu'à remarquer où elle est rendu avec sa combativité - quand on sait quel genre de personnalité se retrouve sous un corps décharné par la maladie, contrastant avec la force de son caractère « Tant que tu as un minimum de conscience, arrête-toi là Gonzales parce que bientôt, je ne pourrais plus rien contrôler et je doute que ce soit une bonne idée de se lancer là-dedans maintenant ». J'ai l'esprit complètement échauffé par les caresses, les baisers, par ses jambes qui se referment autour de moi, l'odeur de son parfum, son souffle saccadé et sa voix qui devient plus rauque, du à cette ambiance chaude comme de la braise qui s'est instaurée sans crier gare dès que nos deux corps plus ou moins vêtus sont entrés en contact. Je reste là, immobile, ma main remontant sur sa clavicule, jusqu'à son cou, avant que mes doigts aillent se fourrer dans sa chevelure dense d'un noir de jais. Je sais ce qui nous attend. Faire marche-arrière n'est pas dans nos habitudes, et ce serait une putain de torture de me laisser tomber sur le côté pour terminer cette excitation au sein de mon bas-ventre d'une branlette. C'est sans doute pourquoi je ne me surprends pas outre mesure que ses lèvres viennent chercher les miennes et que sa main glisse sournoisement sous mon boxer. Je me surprends à sourire contre sa bouche et de mordre sa lèvre pour étouffer un soupir de soulagement. Lorsque, enfin, je trouve la force de séparer ma bouche de la sienne, je relève son haut doucement, m'arquant de façon à déposer mes lèvres sur chaque parcelle de son bas-ventre, remontant à taquiner son nombril du bout de la langue, puis faisant le chemin inverse jusqu'à sa poitrine, son cou, sa mâchoire pour venir embrasser, non, pour venir faire l'amour carrément à sa lèvre inférieure, jusqu'à ce que son impatience me fasse éclater de rire et que je veuille bien détacher son pantalon, sentant ses dents dans mon cou. Putain, j'en tremblais, maintenant que j'y repense. Suivra bientôt sa petite-culotte, et comme ça me fait souffrir ici bas de me retrouver contre son corps nu, je croise son regard en guise d'approbation avant de l'entendre me murmurer un truc. Je dépose mes lèvres sur les siennes en guise d'approbation, puis emboîte mon corps dans le sien, arquant mon bassin pour éviter ces habitudes moins nobles qui sont habituellement nôtres. Sa main dans mes cheveux, mes doigts redessinant chacune de ses côtes tandis que je baissais les yeux pour voir son corps onduler au rythme du mien. Je suis aussi longtemps que possible la cadence que ses gestes m'imposent, jusqu'à ce que ce besoin irrépressible de prendre le contrôle de la situation m'étouffe. Je parviens cependant à contenir suffisamment de cette ardeur impromptue pour simplement trouver le moyen de concilier ma hardiesse à ses capacités légèrement limitées jusqu'à ce que je la suive de près dans un orgasme dépassant, transcendant ce à quoi j'avais eu droit depuis des semaines, depuis... putain. Depuis la dernière fois qu'on s'était envoyés en l'air, elle et moi.
Mes bras n'ayant plus la force de me maintenir au-dessus d'elle, je relâche la tension avant de remarquer que je devais l'écraser, sans nul doute, et qu'elle ne pouvait pas tout simplement me foutre à terre si l'envie de respirer lui prenait tout à coup. Humant une dernière fois le parfum envoûtant de sexe, de sueur et de cette odeur caractéristique que dégageait constamment Moreno, je me retrouve sur le côté, les cheveux collant à mon front, fixant le plafond. C'était... bon. Nul doute là-dessus, et bien que ça n'avait rien à voir avec tout ce que j'avais connu avec elle auparavant - peu de stigmates comparés à ce que j'avais eu droit par le passé, faut me croire, j'avais l'impression de sortir d'un corps à corps avec un gaillard faisant dans les mètres quatre-vingt dix 120 kilos qu'avec une frêle, quoique sculpturale demoiselle comme Moreno. Des ecchymoses, des traces d'ébats sur ma nuque, des lézardes profondes dans ma peau, des rougeurs pendant des heures et souvent des blessures de friction... enfin, ça, c'était plutôt elle. Bref, je me trouvais en meilleur état physique qu'à la normale, c'était plutôt la psyché qui venait d'en prendre plein la gueule. Ce genre de rapprochement me rendait franchement mal à l'aise, ne m'était tout bonnement pas familiers et que j'étais plus ou moins sceptique sur l'attitude à adopter. Je suis pas totalement con non plus, je me doute que d'agir en trouillard n'a absolument pas raison d'être que je n'ai pas le moindrement envie de me priver de la présence de Moreno dans mon existence et que je ne risquais pas de rester parmi ceux dont elle a quelque chose à foutre en faisant ce qu'on attendait probablement que je fasse, c'est-à-dire foutre le camp comme un voleur. Besoin sans doute tout à fait égoïste de rester là, encore sous le joug d'un orgasme qui engourdit les membres de mon corps, m'embrume l'esprit et me donne simplement envie de pieuter un bon coup. De l'autre, aurais-je vraiment une raison plausible de rester là, à jouer le preux chevalier, alors que le drôle de type qui s'est mis dans une colère noire pour l'avoir vu échanger des propos avec un autre était, aux dires de Moreno, son petit-ami? Je n'avais pas d'à priori sur l'adultère quand ça ne me concernait pas directement, ce truc la regardait elle et son mec. Pour le moment, je me retrouve coincé entre les deux options diamétralement opposées qui me viennent à l'esprit que je constate que ses grands yeux de biche sont posés sur ma gueule d'indécis. Je secoue la tête, passe la main dans mes cheveux et laisse apparaître un léger sourire sur mes lèvres, mi-amusé, mi-gêné, un de ces sourires qui me vient rarement pour ne pas avoir l'habitude des situations pareilles « C'est pas la tête que tu tires habituellement quand tu es satisfaite ». Je m'agite légèrement, me traitant silencieusement d'imbécile. Je ferme les yeux, comme pour me réciter mentalement mon discours, avant de les rouvrir pour ajouter, cafouillant sur mes mots cette fois, nettement moins aisé comme discours que les remarques malicieuses ou narquoises « Sin... ». Je ne l'appelle jamais par son prénom, c'est toujours Moreno... enfin. C'était, on dirait bien « Putain j'ai l'impression que c'est la première fois que... ». J'ignore si je dois rire ou pleurer d'être à ce point pathétique. Je me redresse légèrement, passe la main nerveusement dans mes cheveux, puis dépose ma paume sur le matelas, me détourne vers elle « Dis-moi ce que je dois faire là, maintenant, tout de suite. Qu'est-ce que je suis sensé faire au juste? ». J'ai l'air d'un gamin à côté de la plaque. Je dois être livide comme si c'était moi qui avait un foutu cancer. Il ne me reste plus qu'à crever écraser par un bus, ça m'évitera la honte de me mater dans un miroir...